time bombTime bomb de Joelle Charbonneau

Editions : Milan

288 pages

Paru le 28 Août 2019

Aperçu : En ce samedi précédant la rentrée, le lycée devrait être vide. Pourtant, six ados y sont : Diana, la fille du sénateur, qui veut s'occuper de l'annuaire des élèves ; Rachid, qui cherche à se fabriquer une nouvelle carte de lycéen qui ne le stigmatiserait pas ; Z, parce qu'il est à la rue suite au décès de sa mère quelques semaines auparavant ; Tad, qui entend remettre à leur place ses coéquipiers de l'équipe de foot ; Cassandra, victime de bullying et bien déterminée à faire bouger les choses. Chacun a une bonne raison d'être là ; chacun a quelque chose à cacher.

Soudain, deux bombes explosent, et les ados se retrouvent confinés dans le lycée. Chacun jauge l'autre, se méfie. Les peurs et les vieux démons redoublent lorsque les lycéens comprennent que le poseur de bombes est parmi eux, et qu'une troisième bombe menace d'exploser. Aussitôt, les soupçons se tournent vers Rachid, parce qu'il est musulman. Mais le véritable poseur de bombes, bien sûr, a un tout autre motif pour agir...

Mon commentaire général : Explosif !

Ma note : 7/10

La citation qui résume tout : « Dans ce monde, si on veut se faire entendre, il vaut mieux connaître les règles du jeu, c’est tout. C’est le seul moyen de gagner. » (p. 219)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Encore du très bon Joelle Charbonneau, du genre qui se lit d’une traite !

Avec une plume toujours aussi fluide, l’autrice n’hésite pas à s’attaquer au sujet sensible des massacres dans les lycées américains, tout en mêlant sujets de société contemporains.

Pour cela, le roman est basé sur une galerie de personnages, tous différents, qui n’auraient probablement rien eu à faire les uns avec les autres, s’ils ne s’étaient retrouvés confinés dans leur lycée par une attaque à la bombe, rien que ça.

On suit tour à tour six élèves, qui ont tous une raison de se rendre au lycée en cette fin de vacances. Chaque chapitre s’attache à l’un d’entre eux, ce qui permet au lecteur de fouiller davantage leurs pensées, et c’est important, car le poseur de bombe est parmi eux… On se prend donc au jeu de l’enquête, cherchant les non-dits entre les lignes, car s’ils sont tous là pour un motif particulier, on comprend rapidement qu’ils ont tous quelque chose à cacher, et donc tous une justification pour être à l’origine de l’attentat…

Le lecteur, comme les personnages, est soumis au stress de l’attaque : les bombes explosent sous nos yeux, on en voit les ravages, tant physiques que psychologiques… Mais on en profite pour s’intéresser davantage à chacun des élèves et donc à leurs problématiques personnelles : la fille parfaite invisible aux yeux de son illustre père, la jeune fille qui a subi du harcèlement, l’orphelin qui en veut à la Terre entière, celui qui est décrié pour sa religion, le jeune homme qui cache son homosexualité… Evidemment, c’est compliqué de traiter en profondeur ces sujets ultra-sensibles plus une attaque terroriste en moins de 300 pages, c’est pourquoi le récit reste un peu superficiel à mon goût sur ces points précis.

J’ai tout de même passé un excellent moment de lecture sous haute tension, comme à chaque fois que j’ouvre un roman de Joelle Charbonneau, qui prend un malin plaisir à faire souffrir ses personnages et ses lecteurs !

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Evidemment, le jeu est de deviner qui a posé les bombes, et pourquoi.

Certains personnages s’écartent rapidement : Tad ne va pas faire sauter le lycée parce que Frankie l’a repoussé, tout comme le capitaine n’a pas intérêt à faire fermer l’école où il peut briller par ses talents sportifs. Cass, aussi. Se suicider à coup de bombes serait un peu extrême pour une jeune fille déprimée, même si le lycée a été le théâtre du harcèlement qu’elle a subi.

Restent donc Diana, Z et Rashid.

Le but du roman étant de déconstruire les clichés, Rashid s’efface naturellement puisque c’est une idée reçue d’associer terrorisme et islam, ce que l’autrice cherche justement à combattre. D’ailleurs, on le voit bien dans la réaction des personnages qui ne peuvent s’empêcher d’accuser silencieusement le jeune musulman. Même Tad, qui connaît pourtant le racisme, fait cette malheureuse association d’idée.

Après la mort de sa mère, Z est un jeune homme brisé, sur les nerfs, qui ne fait plus confiance à personne, surtout pas à la société. Faire exploser le lycée aurait été une façon d’extérioriser son mal-être, de punir cette école qui ne fait que l’enfoncer pour ses absences au lieu de le soutenir. Z ressemble de plus au portrait des adolescents qu’on a vu attaquer des lycées. Il est proche du tireur de 54 minutes, par exemple. C’est pourquoi je suis contente que Joelle Charbonneau se soit éloignée de cette évidence.

Diana est le personnage qu’on ne pourrait pas soupçonner au départ, et pourtant tous les indices sont là… De la loi de son père, si importante pour la carrière de celui-ci, de sa présence dans le lycée, qui augmente le drame aux yeux du public, de son attitude revêche pendant le confinement… Diana est le choix idéal, parce qu’il s’oppose aussi au cliché du poseur de bombes. On a là une jeune fille bien sous tout rapport, qui a pourtant causé la mort de plusieurs personnes. Le contraste entre la forme et l’intention est flagrant et nous rappelle qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

 

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Prêt à subir les explosions ?

Dis-le moi en commentaire.