54 minutes54 minutes de Marieke Nijkamp

Editions : Hachette

290 pages

Paru le 2 Novembre 2017

Aperçu : Opportunity School, Alabama. Les élèves sont réunis pour écouter leur directrice. Mais lorsque le discours s’achève, l’un d’entre eux, Tyler Browne, verrouille les portes et tire sur la foule.

Commencent alors cinquante-quatre minutes de massacre, cinquante-quatre minutes glaçantes racontées dans les messages des victimes à leurs proches et par quatre élèves, à l’intérieur et à l’extérieur de la salle. Tous ont un lien avec Tyler : Claire, son ex-petite amie, Autumn, sa propre sœur, Sylvia, la petite amie d’Autumn et le frère de celle-ci, Tomas.

Cinquante-quatre minutes pendant lesquelles Tyler force ses otages terrorisés à l’écouter se plaindre. Il n’a jamais été aimé, ni par sa petite amie Claire, ni par son père violent et alcoolique, et encore moins par sa sœur Autumn, à laquelle il ne pardonne pas de vouloir partir à New York pour être danseuse.

Mais loin d’être une victime, Tyler est avant tout un psychopathe, qui assassine trente-neuf personnes.

 

 

 

Mon commentaire général : Glaçant…

Ma note : 8/10

La citation qui résume tout : « Il y a la mort, il y a l’idée de la mort et du sang partout. » (p.45 )

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Voilà un roman dont on préfèrerait qu’il ne soit que l’invention terrible d’un écrivain avec beaucoup trop d’imagination. Malheureusement, 54 minutes évoque un sujet d’actualité atroce : les fusillades dans les écoles américaines.

Marieke Nijkamp propose d’en vivre une de l’intérieur, racontée par quatre personnages aux liens plus ou moins étroits avec le tireur, un lycéen comme eux. Si la plume est fluide et les chapitres courts qui alternent les points de vue font que ça se lit très rapidement, il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans le récit à cause de cette multitude de personnages dont on ne comprend pas tout de suite bien les connexions.

Et puis la tuerie commence, et avec elle l’horreur, même si toutes les morts ne sont pas racontées. Comme on peut s’en douter, c’est dur, même si ça aurait pu l’être davantage. Je dois bien avouer que j’avais une petite appréhension au moment de tourner la première page, peur de trop d’horreur ou de pleurer toutes les larmes de mon corps. Ce n’est pas le cas et a posteriori, je le regrette. Il m’aura clairement manqué des émotions pour m’investir dans cette histoire, même si les personnages sont pour la plupart attachants et qu’on ne peut que ressentir de l’empathie pour ce qu’ils vivent, j’aurais aimé vivre leurs émotions, qui sont sûrement très fortes face à la mort, leur peur, leur désespoir, leur tristesse. J’aurais voulu porter une partie de leur fardeau pour les en délester un peu.

En résumé, 54 minutes est un livre dur, terrible parce qu’il montre une réalité sans fard, auquel des émotions plus intenses n’auraient pu que bénéficier. Il montre aussi jusqu’où le désespoir peut mener mais aussi le courage ordinaire de personnes qui en situation dramatique révèlent un comportement héroïque qu’on ne peut que saluer.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Parmi la multitude des « voix » proposées pour raconter ce récit, il m’en aura manqué une : celle de Tyler lui-même.

Evidemment on comprend que c’est la mort de sa mère, la violence de son père, la peur de perdre sa sœur, le rejet de ses camarades et probablement le stress de se confronter de nouveau à eux qui sont à l’origine de son pétage de plombs. Pourtant, il avait déjà montré des signes de violence dans son attitude envers Sylvia : parce qu’il pensait qu’elle lui « prenait » sa sœur ou parce qu’il était attiré par elle ?

J’aurais vraiment aimé entrer dans sa tête, voir de mes propres yeux ce qu’il pensait en appuyant sur la détente (jusqu’à tuer 39 personnes !), pour tenter de comprendre comment un esprit humain peut disjoncter à ce point.

D’autant que si j’ai apprécié Autumn, Sylvia, Tomas et Fareed, je n’ai pas trouvé d’utilité à Claire, si ce n’est de nous montrer vaguement les évènements à l’extérieur de l’école.

Peut-être que concentrer le récit sur deux personnages, voire encore mieux sur un point de vue unique, aurait permis de mieux faire ressortir les émotions. Le fait de ne pas savoir ce qui se passe autour, comme un huis-clos, aurait confiné les sentiments en les rendant plus intenses. En tout cas, je regrette vraiment de ne pas avoir ressenti moi-aussi. Et c’est dommage car il y avait vraiment matière à en faire un livre poignant.

C’est déjà un livre inoubliable, car on ne peut pas oublier un sujet comme celui-là, mais j’aurais aimé avoir le cœur qui se serre, ou mieux la larme à l’œil, à chaque fois que je me rappellerai ce roman, ce qui en aurait fait un grand livre.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Auras-tu le courage de passer la porte de Opportunity School?

Dis-le moi en commentaire.