belle époqueBelle époque d’Elizabeth Ross

Editions : Robert Laffont collection R

396 pages

Paru le 14 novembre 2013

Aperçu : « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s'enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l'exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s'y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d'un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L'Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule...

 

 

Mon commentaire général : un thème très contemporain !

Ma note : 6/10

La citation qui résume tout : « C’est un art subtil que celui de repoussoir […]. Il s’agit en premier lieu de se fondre dans le décor, de se faire passer pour une dame de la bonne société, puis d’inspirer du dégoût aux autres et de mettre en valeur la cliente par ce moyen. » (p. 45)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Une couverture aussi jolie et un roman qui parle de culte de la beauté ? Forcément, Belle Époque ne pouvait qu’atterrir dans mes mains !

Le récit se déroule à Paris, vers 1889. On y suit Maude Pichon, une jeune fille à peine débarquée de sa Bretagne natale, pour échapper à un mariage arrangé. Il est dur de survivre dans la capitale lorsqu’on n’a ni expérience ni argent. C’est pourquoi Maude accepte à contre-cœur l’offre d’une agence d’un nouveau genre : elle devient « repoussoir », c’est-à-dire que des clientes fortunées peuvent la louer comme faire-valoir. Faire commerce de son physique banal déplaît à Maude, mais quand elle est embauchée par une comtesse pour mettre en valeur sa fille lors de sa première saison dans la bonne société, la jeune Bretonne découvre un nouveau monde, fait de luxe et de faux-semblants

J’ai beaucoup aimé le thème, développé à partie d’une nouvelle d’Émile Zola, présente à la fin du livre. Faire commerce de la laideur, voilà qui peut paraître original, mais cela n’est qu’une prolongation du culte de la beauté, malheureusement toujours contemporain. L’autrice a choisi de nous faire vivre le quotidien d’une de ces « repoussoirs », dont les défauts sont mis en avant et les émotions niées.

Seulement, j’ai eu du mal à m’attacher à Maude. Tantôt naïve, tantôt hautaine, ses réactions sont prévisibles et bien que le roman soit écrit de son point de vue, je n’ai pas retenu grand-chose de sa personnalité. Les personnages secondaires (Isabelle et Marie-Josée en tête) sont bien plus charismatiques, et lui volent la vedette.

L’intrigue est également assez mince. Le contexte historique semble également survolé. Cela reste finalement plutôt superficiel. On ne connaîtra de Paris que les zones touristiques et de l’époque historique la construction de la Tour Eiffel…

Continuer une nouvelle, d’un auteur aussi illustre que Zola, était un pari risqué qu’Elizabeth Ross a tout de même su relever, car Belle Époque se lit bien et ne manque pas d’intérêt concernant ses thèmes principaux (la beauté et le féminisme). J’aurais davantage apprécié si l’héroïne avait été plus aimable et si le récit avait comporté moins de clichés.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Sachant que Les repoussoirs de Zola date de 1866, il est effarant de constater que la société n’a toujours pas dépassé ce culte de la beauté, bien qu’elle prenne des aspects différents selon les époques. Zola y a intégré un autre thème qu’on peut résumer par : peut-on tout vendre ? Est-il moral de louer la laideur comme faire-valoir ?

On pourrait sûrement en disserter pendant des heures, tout autant que la critique des riches et leur façon d’utiliser leur argent pour le paraître. D’autant que 150 ans plus tard, notre société en est toujours au même point.

J’ai apprécié qu’Elizabeth Ross développe le point de vue d’un repoussoir dans son roman, un détail dans la nouvelle de Zola. Seulement, Maude n’est pas la plus à même de parler du métier, elle qui n’a connu qu’une cliente et a été clairement privilégiée par rapport aux autres. En cela, l’expérience de Marie-Josée, qu’on ne fait qu’effleurer, me paraît bien plus pertinente.

Maude m’a semblé le prétexte pour faire la connaissance d’Isabelle, femme moderne, qui refuse de se laisser enfermer dans un carcan dû à son rang. Et clairement, Maude fait bien son travail : quand elle était en présence d’Isabelle, je ne voyais plus que cette dernière, tellement la Bretonne paraît fade.

Les autres personnages ne m’ont pas vraiment marquée : on n’en sait pas assez sur eux pour cela. Surtout que certains sont des clichés vivants (la Comtesse, par exemple, belle, riche et méchante, le trio qu’on a déjà vu de nombreuses fois dans les romans de ce genre).

J’ai été attirée par Belle Époque grâce à son sujet osé, et finalement, j’en ressors un peu déçue car ce sujet n’est pas traité selon le bon angle. J’aurais nettement préféré lire l’histoire des autres repoussoirs.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Penses-tu qu’on peut tout vendre ?

Dis-le moi en commentaire.