les menteurs de mariposaLes menteurs de Mariposa de Jennifer Mathieu

Editions : Milan

352 pages

Paru le 19 Août 2020

Aperçu : ÉTÉ 1986

Île de Mariposa, Texas

Chaque été, Elena Finney fait du baby-sitting pour la famille Callahan.

C'est le seul moyen pour elle d'échapper quelques heures à sa mère, possessive, manipulatrice et incontrôlable. C'est le seul moyen pour elle de voir son petit ami en cachette.

Joaquin Finney a, lui aussi, un secret : il prévoit de quitter l'île pour rejoindre un père inconnu qui, d'après Mamita, vivrait en Californie. Ce plan, il n'en a parlé à personne, excepté à sa sœur.

Mais si Elena craque et avoue tout à Mamita... que se passera-t-il ?

Mon commentaire général : Ben, alors ?

Ma note : 5/10

La citation qui résume tout : « On est juste deux petits gamins abandonnés sur une île, laissés aux bons soins de l’abominable sorcière. » (p.268)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Après le génial Moxie, je ne pouvais que me précipiter sur le nouveau roman de Jennifer Mathieu.

Les menteurs de Mariposa confirme la fluidité de sa plume et son goût pour les sujets difficiles. Ici, l’opération Peter Pan, c’est-à-dire l’exil des enfants cubains après la prise de pouvoir de Fidel Castro en 1959. C’est un sujet personnel pour l’autrice, comme elle l’explique dans ses notes de fin, car sa mère et ses tantes ont vécu ce déracinement. Elle a choisi de montrer toute la détresse psychologique causée par cet évènement, en la personne de Mamita, la mère d’Elena et Joaquin, les deux protagonistes du livre.

L’action se situe donc en 1986, avec tous les codes que cela induit, même si les adolescents d’aujourd’hui risquent de se trouver perdus. Un téléphone fixe ? Des cassettes pour écouter de la musique ? Personnellement, j’ai aimé ce retour dans les années 1980, qui me rappelle mon enfance.

Les protagonistes sont donc Elena et Joaquin, 15 et 18 ans respectivement. Elena se réjouit de l’arrivée de l’été car grâce aux nombreux babysittings qu’elle fait pour une riche famille de vacanciers, elle peut sortir de la maison et échapper à l’emprise de sa mère. C’est ainsi qu’elle rencontre J.C., un garçon plus âgé qu’elle fréquente en secret. Pour Joaquin, cet été est celui de la dernière chance. Le jeune homme se pose beaucoup de questions sur leur père qui a quitté le domicile familial lorsqu’ils étaient enfants. Joaquin ne sait pas quoi faire de son avenir, le lycée maintenant terminé, et pense mettre à profit ce temps pour chercher leur père en Californie, où il serait parti. Or, quitter l’île, c’est aussi quitter leur mère, et c’est là que ça devient difficile… Mamita est une exilée cubaine, qui ne s’est jamais remis d’avoir quitté son pays adolescente, et a sombré dans la dépression et l’alcoolisme. Renfermée et agressive, Mamita se raccroche désespérément à ses enfants, jusqu’à les brimer…

Le roman est basé sur les mensonges de ces trois personnages. Parfois innocents ou lourds de conséquences, ces mensonges sont devenus le ciment qui les lient, et qui risque bien de se fissurer à force d’être éprouvé.

L’idée de base est bonne. L’ambiance est pesante, comme un été poisseux. On se sent aussi mal à l’aise que les personnages. On les voit s’enfoncer dans leurs mensonges, dans la crainte des réactions de Mamita (et le lecteur aussi).

Le problème, c’est la réalisation. Le rythme est très lent. Il ne se passe presque rien, ce qui donne un récit long à lire. Mais surtout, ce qui représente le plus gros défaut du roman selon moi, les personnages n’évoluent pas. Tout un roman, pour en revenir au point de départ, ça fait long, même si j’exagère un peu.

Au final, je suis ressortie de ce roman déçue. Je n’ai pas retrouvé le peps de Moxie. Je me suis même ennuyée. Je tenterai quand même ma chance avec les prochains romans de cette autrice, car je suis convaincue de son talent.

 

Lu en LC avec Cranberries. Retrouve sa chronique ici.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

L’intérêt d’un roman, c’est qu’on rencontre des personnages avec un problème et que les péripéties les forcent à évoluer pour résoudre (ou non) cette situation de départ.

Ici, seul Joaquin change au cours du récit. Il se force à sortir de l’île pour aller à la recherche de leur famille paternelle (même si au départ, l’intention de la fouille était d’aller à l’université, ça reste un pas dans une direction), puis saisis sa chance de quitter Mariposa, pour s’éloigner de l’influence de Mamita.

Plutôt que de confronter Mamita à ses mensonges, les deux adolescents préfèrent entretenir un statu quo toxique. Elena va donc rester là, avec une mère manipulatrice et violente. Elena et Caridad en restent au même point. Pour elles, rien ne bouge.

Je ne comprends pas vraiment ce choix scénaristique. Je pensais que les révélations sur Frank allaient donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Que Joaquin allait réagir. Mais non. Rien ne change, parce que personne ne fait changer les choses. Et c’est rageant.

Tout comme la relation, tout aussi malsaine, qu’Elena entretient avec J.C, qui est abject.

On ne peut pas se contenter d’une situation comme celle-ci, en tant que lecteur. On voit Elena souffrir, et rien n’évolue pour elle.

Caridad aussi souffre. Elle ne s’est jamais remise de la perte de son existence rêvée à Cuba, de sa famille. Elle n’a jamais trouvé sa place aux États-Unis, malgré les différentes mains qui lui ont été tendues. Elle est tellement engoncée dans sa dépression qu’elle le fait payer à tout le monde. Et là encore, personne ne fait rien pour faire changer cela.

Je n’aime pas la passivité. Or, Les menteurs de Mariposa est une ode au « Ne rien faire ». Et c’est pour cela que ça n’a pas fonctionné avec moi.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? T’aventureras-tu sur l’île de Mariposa ?

Dis-le moi en commentaire.