asking for itAsking for it de Louise O’Neill

Editions : Quercus

368 pages

Paru le 3 Septembre 2015

Aperçu : « Quand tu prononces un mot comme celui-ci, tu ne peux plus faire marche arrière. Fais comme s’il ne s’était rien passé. C’est plus simple comme ça. Plus simple pour toi. »

Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.

Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant en détail ce qu’Emma a subi. Les réactions haineuses ne se font pas attendre ; les gens refusent parfois de voir ce qu’ils ont sous les yeux. La vie d'Emma est brisée ? Certains diront qu'elle l'a bien cherché.

 

Mon commentaire général : Percutant…

Ma note : 7/10

La citation qui résume tout : « Je suis une chose à utiliser. » (p.286) [traduction personnelle]

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Trigger warning : ce livre parle de viol et de harcèlement. Bon à savoir si ces sujets sont sensibles pour toi.

Asking for it, récemment traduit sous le titre Une fille facile, aux éditions Stéphane Marsan, est un roman qui a beaucoup fait parler de lui, à juste titre.

Avec une plume agréable, Louise O’Neill nous raconte la descente aux enfers d’Emma, la plus jolie fille du lycée, celle que tout le monde admire, désire et jalouse en secret.

Le roman est divisé en deux parties, l’année dernière et cette année, qui représentent l’avant et l’après, le jour et la nuit. Entre les deux, une soirée qui va tout changer pour Emma. Et pourtant, la jeune fille ne se souvient pas de ce qui s'y est passé, et c'est bien ça le problème. Les seules preuves que quelque chose de grave a eu lieu, ce sont ces photos postées sur Facebook, qui exposent tout d’elle. Était-elle consentante ? Probablement, puisque tout le monde sait qu’Emma est « une fille facile ». Elle l’a même « bien cherché ».

Ce roman devrait être mis de force dans toutes les mains, pour dénoncer cette culture du viol, où on blâme la victime plutôt que ses agresseurs qui peuvent circuler comme bon leur semble. Pour qu’on arrête de proclamer que les accusations de viol brisent des vies, mais pas celles des victimes.

C’est un roman dur à lire, mais nécessaire. Il fait réfléchir et force le lecteur à se positionner. Il montre aussi les ravages sur les victimes, leurs familles, leur entourage. La mise au ban de celle qui accuse. Les difficultés pour se faire entendre par le système judiciaire.

Asking for it est un emblème, un indispensable, pour que la honte change enfin de camp.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

La bonne idée de ce roman, même si elle perturbe au départ, est de commencer l’histoire avec une héroïne pas franchement sympathique.

Emma est arrogante, dure avec ses amies, Ali et Jamie en tête. Elle flirte à outrance, se compare sans cesse avec les autres filles. Emma ne jure que par sa beauté, qui est pour elle son sésame pour accéder à une meilleure vie.

Louise O’Neill rend son héroïne détestable.

Pour autant, est-ce qu’elle mérite ce qui lui arrive ?

Evidemment que non.

Et c’est là que réside le message de l’autrice. Même une fille odieuse, court vêtue, alcoolisée et sous l’emprise de drogues ne mérite pas d’être violée puis exposée, comme Emma.

Rien ne justifie un viol.

Et pourtant, c’est Emma qui doit porter le poids de la honte. Ses agresseurs vivent tranquillement leurs vies alors qu’Emma ne peut plus sortir de chez elle sans être jugée. D’ailleurs, le fait qu’ils aient délibérément posté les preuves de leur méfait sur une page Facebook publique montre assez bien l’impunité que la société réserve aux violeurs. Après tout, ce sont de « bons garçons » alors qu’Emma est « une fille facile »…

Les conséquences sur la famille d’Emma sont également désastreuses. Sa mère, pour qui les apparences et la réputation sont reines, boit, son père déserte la maison. Seul son frère la soutient et se bat pour elle. Ainsi, quand Emma décide d’abandonner les poursuites, seul Bryan se révolte tandis que ses parents sont soulagés. De pouvoir reprendre leur vie ? De prétendre qu’il ne s’est rien passé ?

Cette fin est frustrante, car on aimerait voir Emma comme une battante, ses agresseurs punis. Pourtant, c’est bien la triste réalité. Les violeurs sont peu condamnés, et on peut comprendre qu’Emma ne souhaite rien tant qu’oublier.

Cette conclusion amère doit nous faire réagir, tous autant que nous sommes. C’est à nous, collectivement, de changer notre regard sur les victimes et de blâmer les vrais responsables, qui ne sont ni les vêtements, ni l’alcool, ni la drogue, ni la réputation de la victime. Le vrai responsable d’un viol, c’est uniquement le violeur. Ne l’oublions pas.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Te confronteras-tu au regard d’Emma ?

Dis-le moi en commentaire.