la boiteuseLa boiteuse de Françoise Grard

Editions : Gulfstream collection Electrogène

245 pages

Paru le 3 octobre 2016

Aperçu : « Je n'aurais pu dire pourquoi cette certitude se glissait en moi comme un serpent froid entre mes omoplates. Seulement que je savais que mon salut ne passerait plus par lui ; une évidence monstrueuse qui ne me révoltait même pas. Wilfred ne viendrait plus. »

Trahie par Wilfred, qui l'a abandonnée seule et blessée au milieu des Highlands désertes, Aurore, revenue infirme d'Ecosse, se protège des autres et de l'amour comme elle le peut. La jeune femme se reconstruit à tâtons et étouffe en elle colère et angoisses, bien décidée à ne plus jamais entendre parler de celui qu'elle a tant aimé. Mais à la suite d'étranges révélations et de signes inquiétants, elle doit se résigner, malgré elle, à remonter sa piste. Tandis que le mystère s'épaissit, elle s'aperçoit que, prise au piège des apparences, elle s'est trompée sur lui. Découvrir la vérité sur Wilfred entraînera la jeune fille au cœur de lourds secrets et d'un terrible drame familial.

Mon commentaire général : Effectivement, c’est bancal…

Ma note : 4/10

La citation qui résume tout : « Pouvait-on vraiment mentir à ce point, pouvait-on faire mentir un sourire, une caresse et pire encore, un abandon ? » (p.119)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Depuis mon voyage en Ecosse l’année dernière, j’ai gardé une certaine nostalgie des Highlands et de leur atmosphère si particulière, que j’essaie de retrouver dans mes lectures. Comme La boiteuse me promettait un thriller au beau milieu des landes si chères à mon cœur, je ne pouvais que succomber.

Le roman met en scène Aurore, une jeune fille qui vit une relation toxique avec Wilfred, comédien de théâtre. Quand celui-ci lui propose un voyage en Ecosse, Aurore pense que le séjour peut réparer leur relation bancale, sans moyen de prévoir qu’il en sonnera plutôt le glas. A la suite d’une mauvaise chute pendant une randonnée, la cheville d’Aurore se brise, et Wilfred parti chercher de l’aide ne reviendra plus. D’ailleurs plus personne n’entendra parler de lui. Rentrée à Paris, infirme, Aurore est bien décidée à tirer un trait sur son amour, mais quand elle est suivie par des individus suspects, elle se décide à partir à la recherche de Wilfred

La plume de Françoise Grard est fluide, et délivre un court roman qui se lit bien. Le problème, c’est justement qu’avec ce format, l’intrigue reste très en surface et le thriller n’est pas vraiment angoissant. On suit assez longtemps la rééducation d’Aurore et ses difficultés, et puis tout le reste se déroule en un éclair, ce qui donne un roman déséquilibré.

De même, les personnages ne sont pas vraiment détaillés. Aurore est notre narratrice et pourtant je serai bien en peine de dire ce qu’elle n’aime ni de la décrire. Les autres font vraiment figure de personnages secondaires, si bien qu’ils se fondent pour moi en une masse indistincte. Seul Wilfred se détache, mis au centre du récit par la traque dont il fait l’objet.

Or cette quête n’a pas vraiment de but. Pourquoi Aurore tient-elle à le retrouver ? Par vengeance ? Par curiosité ? Par amour ? Pour obtenir des explications ? Cela n’est pas clair et de fait, on se demande pourquoi une jeune étudiante blessée s’aventure seule dans les Highlands pour retrouver un homme qui a, selon toute évidence, choisi de disparaître…

Bref, l’essai est à mes yeux loin d’être transformé alors qu’ajouter une centaine de pages aurait probablement contribué à développer l’intrigue générale et les personnages. La fin tombe de plus comme un couperet, avec des révélations soudaines qui m’ont paru assez confuses.

Dommage, il me faudra d’autres voyages littéraires pour revivre ma passion pour l’Ecosse.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Il faut quasiment la moitié du roman pour que la traque de Wilfred commence. Pour un thriller, c’est un peu léger à mon sens.

Je ne conteste pas que parler de l’infirmité d’Aurore soit important, bien au contraire. Il est toujours bienvenu de détailler le handicap et ses difficultés : la marche rendue difficile par les installations de rue, la honte de montrer ses cicatrices à la piscine, la douleur et la lenteur de la rééducation. Mais pourquoi ne plus en parler par la suite ? Car j’ai trouvé Aurore plutôt en forme quand il s’agissait de chercher Wilfred dans la lande.

Il est aussi nécessaire de poser le contexte de cette relation visiblement toxique, dans laquelle Wilfred profite allègrement d’Aurore. Pourtant, je n’ai pas ressenti de compassion pour Aurore, plutôt un profond agacement, non pas parce qu’elle est la victime d’un pervers narcissique et que cela affecte forcément une personnalité, mais bien parce qu’elle reste une inconnue pour moi et que je n’arrive pas à ressentir d’empathie pour elle puisque je n’ai pas ressenti ses émotions. Les autres personnages m’ont paru assez caricaturaux. Clémence, soi-disant sa meilleure amie, est « vide » selon les mots même d’Aurore (sympa…), Martin est quelconque (et je n’ai franchement pas aimé cette technique d’approche qui a tout du harcèlement), Alexandra est la grande méchante sans qu’on sache pourquoi et Wilfred est tout et son contraire.

Et ce ne seront pas les révélations de la fin qui ont contribué à redresser mon enthousiasme. Que M.Sembernon ait volontairement fait suivre son fils pour lui apprendre une bonne leçon est tout simplement invraisemblable et se conclut par la mort accidentelle de Wilfred, presque grotesque là aussi.

Pour moi ce roman n’est donc pas un thriller à proprement parler puisque la traque n’est pas angoissante ni pleine de suspense. Je n’ai jamais frémi ni bondi dans mon canapé.

A dire vrai, je suis restée très en surface de ce roman qui ne restera pas gravé dans ma mémoire défectueuse.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Veux-tu vagabonder dans les Highlands ?

Dis-le moi en commentaire.