Ami Lecteur, il s’agit de la chronique du troisième et dernier tome de la série Récits des mondes mécaniques. Si tu n’as pas lu les tomes précédents, ça va forcément spoiler pour toi et ça serait dommage. Je te renvoie donc si besoin à mon billet sur Smog of Germania (tome 1) ou Scents of Orient (tome 2).

 

realm of broken facesRécits du monde mécanique, tome 3 : Realm of broken faces de Marianne Stern

Editions : Le Chat Noir collection black steam

380 pages

Paru le 6 juin 2018

Aperçu : Automne 1917, Nord-Est de la France.

La Blitzkrieg du Kaiser a dévasté les environs, mais une petite communauté de malfrats règne désormais sur ce no man’s land. À sa tête, Monsieur, chef auto-proclamé. Un personnage à la gueule cassée, lunatique et mystérieux. Comme on dit aux alentours, personne ne sait qui il est véritablement et d’ailleurs, tout le monde s’en fout, d’autant plus que l’ignorance est gage de survie. Le Quenottier, armé de sa fidèle pelle, suit cette ligne de conduite sans dévier d’un pouce. Il a bien d’autres ennuis à gérer que les lubies de Monsieur. À commencer par cette mioche, débusquée dans les vestiges des tranchées, bien décidée à lui pourrir la vie… Entre corbeau agaçant, Veuve acerbe et gamine insupportable, qui aura les nerfs du vieux Quenot’ ?

Mon commentaire général : Un final en feu d’artifice !

Ma note : 9/10

La citation qui résume tout : « Le vieux lui adressa une expression compatissante, qui résumait bien les choses : d’abord tu te tapes la mioche, puis le corbac, les lubies de Monsieur, et maintenant la Veuve, t’as pas de pot. » (p.50)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Autant te le dire tout de suite : ce tome est pour moi le meilleur de la série !

Son gros point fort, c’est l’humour et pourtant ce roman est emprunt de violence et de folie. C’est sanglant, on peut dire gore, plein d’émotions brutes et on rit quand même !

Cela est dû notamment à deux personnages : le Quenottier, espèce de pilleur de cadavres armé de sa fidèle pelle, et la mioche (ou Greluche, au choix), une petite fille bien plus mûre qu’il n’y parait. Leur langage fleuri et leur comportement décalé sont drôles, et ça se marie très bien avec l’ambiance morose des tranchées, la boue, la mort, le désespoir, les gueules cassées. C’est un mélange détonnant qui marche. La preuve, j’ai adoré !

La plume est toujours très fluide, et selon le registre de langage, on sait tout de suite qui est le narrateur. Entre « aristoches » et ploucs, la distinction est vite faite et la multitude de points de vue permet justement de faire le trait d’union entre les tranchées et le reste du monde qui s’intéresse d’un peu trop près à ce qui se passe dans ce no man’s land…

C’est que ce champ de bataille a été reconverti en camp de fortune suite à la guerre et que de drôles d’individus y vivent. Outre le Quenottier, c’est ici le paradis des gueules cassées, les blessés de guerre, qui survivent comme ils peuvent (souvent en pillant les cadavres). Et des corps, il y en a dans le coin. Entre les troupes, françaises ou allemandes, qui essaient de reprendre le contrôle de ces terres (sans succès…) ou les aérostats qui s’écrasent à cause des mines aériennes, ce n’est pas ce qui manque. On murmure qu’un orfèvre se cacherait dans le camp et commanderait aux mines et aux « fantoches », ces zombies mécaniques qui défendent les tranchées…

L’imagination sans bornes de Marianne Stern montre tout son talent dans ce dernier tome. Un nouveau lieu qu’on croirait voir de nos yeux, de nouvelles créations ingénieuses, des personnages hauts en couleur, des relations humaines justes, des émotions à la pelle… Et tant d’autres éléments qui font de ce récit un final à la hauteur de cette trilogie.

En tout cas, il est certain que je m’intéresserai de très près aux prochaines parutions de Marianne, dont j’aime l’esprit tordu, parfois clairement sadique, mais tellement créatif !

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Ce que j’ai préféré par-dessus tout, c’est évidemment de retrouver mon duo favori : Maxwell et Jeremiah.

On devine très rapidement l’identité de Monsieur, malgré ses blessures gigantesques, et l’idée de le faire plonger dans la folie, même si c’est dur à lire, est la bonne. Un esprit comme le sien ne peut pas rester intègre, tant il a de connexions avec le monde qui l’entoure…

Les retrouvailles des deux frères sont trop rapides, trop succinctes, tournées immédiatement vers la mort alors qu’on aimerait les voir cohabiter davantage. J’ai pourtant aimé ces moments, tant ils étaient porteurs d’émotions, de l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, transformé en haine pour Maxwell à cause de la douleur de leur séparation.

Le charisme des jumeaux est d’ailleurs bien développé. Ils sont le cœur du roman. Tous les autres gravitent autour d’eux, que ce soit pour les aimer, les protéger ou les capturer. Chacun veut une part du duo.

C’est d’ailleurs pour moi un des meilleurs « couples » de la littérature SFFF, un de ceux qui marque, qui fait souffrir le lecteur autant que le régaler par leur apparition. Maxwell et Jeremiah sont touchants, emplis de sensibilité malgré l’implacabilité qu’ils montrent au reste du monde. Ils sont une seule âme, séparée en deux moitiés, réunie par la mort.

J’en suis encore émue et je me rappellerai longtemps de ce duo, qui m’a touchée en plein cœur.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  T’approcheras-tu de l’atelier de Monsieur ?

Dis-le moi en commentaire.