le fer au coeurLe fer au cœur de Johan Héliot

Editions : Gulfstream collection Electrogène

288 pages

Paru le 27 Avril 2017

Aperçu : Punie et brisée pour avoir bravé le regard d’un défenseur de la Vertu, la jeune Maïan est envoyée dans les tréfonds de la Ville-Basse pour y expier sa faute. C’est au cœur de ce purgatoire de vapeur dont personne ne revient jamais qu’elle rencontre Leonardo, un étudiant condamné pour avoir laissé libre cours à son imagination en créant des machines fabuleuses. Avec l’aide de Volco et Lanaé, deux habitants de la ville souterraine, Maïan et Leonardo tentent d’unir leurs forces pour survivre. Mais dans ces entrailles nauséabondes où les âmes sont corrompues à force d’être opprimées, il est difficile pour ces épris de justice d’accorder leurs ambitions…

 

 

 

 

Mon commentaire général : Il faut avoir un cœur de fer pour ne pas aimer !

Ma note : 8/10

La citation qui résume tout : « On nous a pris beaucoup à tous les deux. […] Nous avons dû renoncer à nos vies, à nos proches, à nos projets… Nous devrions être morts. Or ce n’est pas le cas. » (p.115)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

C’est avec Le fer au cœur que je découvre Johan Héliot, auteur pourtant très prolifique de la SFFF française… et je ne crois pas que ça sera le dernier livre que je lirai de sa plume !

En effet, j’ai passé un très bon moment de lecture en compagnie de Maïan et Leonardo, même si c’était dur et que rien n’est épargné aux personnages – ni au lecteur – j’ai beaucoup aimé cet univers fait de science-fiction, d’un zeste de fantasy, de dystopie et de steampunk, avec une composante résolument féministe : tout ce que j’aime !

Ce roman, c’est l’histoire de Maïan et Leonardo. Ils vivent dans la ville de Pérennia, gouvernée par des dévôts qui représentent le Père, c’est-à-dire l’autorité divine absolue. Dans cette ville, les femmes ne sont rien : elles n’ont à peine le droit de travailler et surtout l’obligation de se soumettre, en se cachant par exemple les cheveux et le visage sous une coiffe pour sortir. C’est parce qu’elle s’est découverte par accident et qu’elle a refusé de s’incliner devant les dévôts que Maïan est battue et laissée pour morte, ne devant son salut qu’à un magistrat qui la conduit dans la Ville-Basse où elle pourra peut-être survivre avec les plus démunis. A Pérennia, tout progrès technologique est également prohibé. Leonardo est ainsi mutilé pour avoir construit une machine et s’exile de lui-même dans la Ville-Basse, où son handicap ne fera pas de lui un exclu. En se rencontrant, ces deux-là vont lancer une chaîne d’évènements qui va mettre le feu aux poudres

A peine ouvert, à peine lu, tant la plume fluide et les personnages si attachants m’ont amenée à poursuivre de plus en plus loin mon voyage dans les bas-fonds de Pérennia. Pourtant, l’auteur n’y est pas allé de main morte avec ses protagonistes et nous livre ici une dystopie glaçante, où la violence, tant physique que psychologique, fait rage. Si tu n’aimes pas que les personnages soient malmenés (et je suis gentille en choisissant ce mot), ce livre n’est pas fait pour toi. Si au contraire, tu apprécies qu’on n’édulcore pas les choses et qu’on te montre une réalité sans fard, tu es au bon endroit.

Outre le message féministe, le roman parle aussi de fanatisme, de tyrannie et de lutte contre l’obscurantisme. Evidemment, quand on veut maintenir une population sous sa coupe, progrès et lutte sociale ne sont pas au menu. On y parle de liberté aussi, et de pardon.

En tout cas, pour moi, c’est une découverte et un auteur que j’ai bien l’intention de suivre de plus près.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Non seulement Le fer au cœur se distingue par son univers effroyable, mais aussi par la complexité de ses personnages, crées tout en nuances.

Cette ville de Pérennia est absolument horrible et m’a beaucoup fait penser à l’environnement de la Servante Ecarlate. En tant que femme, j’ai bien évidemment été révoltée par ce qui arrive à Maïan et à toutes les autres. Son viol est tout simplement passé sous silence devant son « crime », elle est rejetée par Orlano qui a tout simplement profité d’elle (et qui confirme son statut de salaud à la fin du livre en la trahissant de la manière la plus écœurante possible) et condamnée à tant de douleur. Pourtant, même sans disposer de ses membres, la fille de fer montre sa résolution et toute son humanité, en combattant les tyrans, tous autant qu’ils soient. J’espère que sa mort n’aura pas été vaine (et j’aurais bien apprécié un épilogue pour me remettre un peu d’espoir au cœur).

J’ai aussi été très touchée par Leonardo, d’une vive intelligence, qui ne baisse pas non plus les bras. S’il semble majoritairement agir par amour pour Maïan, il représente à lui seul la lutte contre l’obscurantisme avec son goût pour la mécanique, et ce sont d’ailleurs ses créations qui permettent de renverser le pouvoir en place, des machines elles-aussi.

J’ai été très surprise par ce retournement de situation, que je n’ai pas vraiment compris. Les dévôts seraient des IA qui auraient décidé de mener une expérience sur les hommes. Dans quel but ? ça me semble un comportement très humain au contraire, tout comme l’asservissement des femmes. J’imagine que pour une machine, un humain, homme ou femme, ne fait pas de différence alors pourquoi ce traitement ignoble ? Pour provoquer plus rapidement une révolution ? Beaucoup de questions restent en suspens pour moi concernant cet aspect du récit qui va très vite. En à peine quelques pages, on connait le fin mot de l’histoire (que Lanaé savait depuis le début…) et c’était peut-être trop rapide pour moi.

Quand on aime un univers, même s’il est malveillant et aussi violent, c’est toujours compliqué de le laisser partir sans avoir les réponses à toutes les questions qu’il a éveillées en nous.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Passeras-tu les portes de Pérennia ?

Dis-le moi en commentaire.