le club des érudits hallucinésLe club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon

Editions : Editions du Chat Noir Collection Black Steam

349 pages

Paru le 3 Avril 2019

Aperçu : « Je commence aujourd’hui cet ouvrage, ou du moins sa première ébauche, consacré au sujet inédit et encore bien peu documenté qu’est la biomutation (le néologisme est de mon cru.) La biomutation désigne un phénomène déjà amplement constaté, mais encore jamais étudié de manière rigoureuse et scientifique : la capacité qu’ont les objets inertes, et ce tout spécialement quand ils atteignent un haut degré de sophistication à, pour le dire vulgairement, prendre vie. »

Brouillons du professeur Mirandol Brussière.

Quand la jeune Eugénia trouve refuge dans la maison du professeur Brussière, physicien en retraite dirigeant un petit cercle d’érudits, elle ne révèle pas immédiatement son extraordinaire nature : elle n’est pourtant autre que l’andréïde, la première femme artificielle, prodige d’une mystérieuse technologie décrite par Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future. Avec l’aide du professeur et des membres du cénacle, un étudiant passionné, un dandy mélomane, un aventurier aguerri et une voyante excentrique, Eugénia part en quête des secrets de sa conception, car une question obsessionnelle occupe son esprit : une machine peut-elle posséder une âme ?

Mon commentaire général : Le hasard fait bien les choses !

Ma note : 9/10

La citation qui résume tout : « Vous, la plus belle œuvre faite de mains d’hommes. L’andréïde. L’Eve future.» (p.37)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

C’est complètement par hasard que ce livre s’est retrouvé entre mes mains. En flânant aux Imaginales devant le stand du Chat Noir, je me suis arrêtée un instant pour discuter avec l’autrice qui était en dédicace… et je suis repartie avec son roman dont je n’avais jamais entendu parler auparavant ! Il a suffi qu’elle évoque les mots steampunk et féminisme, et j’étais convaincue.

A vrai dire, je ne savais pas vraiment ce que j’allais trouver en ouvrant ce livre et j’en suis ressortie enchantée, bien qu’un peu frustrée par la fin. Mais j‘y reviendrai.

Il faut savoir que tout est parti d’une nouvelle écrite par Marie-Lucie Bougon, pour faire suite à un roman du XIXe siècle, L’Eve future d’Auguste de Villiers de L'Isle-Adam, qui est considéré comme un des piliers de la science-fiction puisqu’il met en œuvre une androïde, conçue pour le plaisir d’un homme dans le but de remplacer une femme très sotte dont il est épris. Evidemment, comme on peut s’en douter, ce roman est aussi très misogyne, et c’est pourquoi l’autrice a voulu donner la parole à cette androïde (ou andréïde). Suite à la publication de sa nouvelle, Marie-Lucie Bougon a développé un roman autour du même thème. Tu as tout suivi ?

Le club des érudits hallucinés met donc en en scène la fameuse andréïde, ainsi qu’un cercle de passionnés comportant un professeur spécialisé en biomécanique, une voyante, un dandy, un étudiant du professeur et un aventurier. Leur but : comprendre qui a fabriqué l’andréïde et comment, et surtout, découvrir si elle a une âme. Cette quête les mènera au bout du monde, de Londres aux Indes en passant par des îles nordiques, et les fera entrer dans le mystère de la biomutation

Outre l’aspect steampunk, extrêmement bien développé et la plume très agréable, j’ai aussi beaucoup apprécié la narration, qui est à la fois sous forme de prose, de lettres, d’articles scientifiques et d’extraits de journal intime. Cela permet de passer facilement d’un point de vue à l’autre, ce qui est important pour se familiariser avec chacun des personnages.

De façon générale, j’ai trouvé que ce roman était réellement bien travaillé, les explications scientifiques claires et j’ai aimé la réflexion autour de l’âme. Qu’est-ce qui fait qu’on est un être humain ? Les machines ne sont pas forcément celles qui apparaissent comme le plus inhumaines dans le livre…

Pour un premier roman, je suis ébahie par la qualité du travail proposé. Je regrette juste quelques coquilles encore présentes dans cette version finale mais sinon, je suis surprise de ne pas avoir entendu plus largement parler de ce roman qui se hisse pour moi au même rang que d’autres titres bien plus célèbres du steampunk. En tout cas, moi, je compte bien en faire une belle promotion !

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Le livre s’ouvre sur la nouvelle de Marie-Lucie Bougon en guise de prologue. Or, pour développer son récit en roman, l’autrice a utilisé un certain nombre d’éléments déjà présents dans la nouvelle, ce qui a fait un peu redite pour moi. L’insertion de la nouvelle a cet endroit n’était pour moi pas nécessaire, ou alors à la fin de l’ouvrage, pour qu’on puisse la lire si besoin.

Globalement, je trouve la démarche ayant amené au roman très intéressante. Dans L’Eve future, l’andréïde n’est là que pour satisfaire son commanditaire, une femme mécanique prête à se soumettre à tous les caprices sans jamais répliquer ou faire preuve de caractère. L’autrice, révoltée par cette vision sexiste, a décidé de donner la parole à cette « machine » et même mieux, l’humaniser, pour la rendre bien plus sympathique que ces créateurs. La naissance de l’âme, portée par le désir de quelqu’un de croire en l’humanité d’un robot, est un concept novateur très pertinent. Tout comme doter l’andréïde de sentiments, qui ne sont jamais appelés tels quels, mais qui sont bel et bien de l’amour, pour ses compagnons, une forme d’amour familial, et pour Eusèbe, un sentiment amoureux.

Or, pour mon petit cœur de midinette, il aura manqué un happy end, même si la fin laisse planer l’espoir.

Pour moi, c’est un roman presque parfait, et il n’aura pas manqué grand-chose pour approcher le coup de cœur. Et quand on pense au fait que c’est par hasard que je suis tombée sur ce livre, c’est tout bonnement extraordinaire !

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Selon toi, les androïdes ont-ils une âme ?

Dis-le moi en commentaire.