waterwitchWaterwitch d’Alex Bell

Editions : Les éditions du Chat Noir collection Cheshire

272 pages

Paru le 20 Février 2019

Aperçu : Certaines malédictions deviennent de plus en plus puissantes avec le temps…

Suite à un accident, Emma a perdu l’usage de ses jambes. Sept ans plus tard, l’adolescente revient en Cornouailles, sur les lieux du drame : l’auberge familiale du Waterwitch, gérée par sa grand-mère mourante. Ce bâtiment a été construit avec le bois d’une épave, celle d’un navire au passé trouble, maudit raconte la légende.

Parmi les sombres secrets qui hantent l’auberge se cachent des fantômes du passé.

Et l’un d’eux est particulièrement en colère.

 

 

Mon commentaire général : parfois il n’est pas bon de regarder le passé en face…

Ma note : 6/10

La citation qui résume tout : « Des oiseaux fantômes, des sorcières dans la cave, des peintures qui bougeaient et des folles qui se coiffaient avec la brosse des autres et Dieu seul savait quoi d’autre.» (p. 131)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Alex Bell est sans conteste la nouvelle maîtresse de l’horreur YA. Après Emmurées, qui m’avait fait frissonner au plus profond de moi, c’est avec plaisir (et appréhension quand même), que je me suis précipitée sur le nouveau roman traduit de l’autrice anglaise dès que j’en ai eu l’occasion.

Si Waterwitch est un bon roman d’horreur YA, il ne surpasse pas Emmurées à mes yeux.

Pourtant, les idées sont bonnes, très bonnes même. Le roman raconte l’histoire d’Emma, qui a 17 ans et est en fauteuil roulant depuis un accident dans la cave de l’auberge que tenait sa grand-mère. Après cet incident, la jeune fille a quitté la Cornouailles et n’a plus revu son aïeule. Elle décide pourtant de revenir quand la santé de cette dernière vacille, pour faire ses adieux. Elle découvre que l’auberge est sur le point d’être vendue, des rumeurs de fantômes malveillants circulent, et que l’hôtel est squatté par ses amis d’enfance, Jem et Shell, qui cherchent à échapper à leur violent de père. Or ce qui habite le Waterwitch est encore plus sanglant et bien décidé à prendre sa revanche. Il n’est jamais bon de contrarier une sorcière

En mêlant sorcellerie, fantômes, vengeance séculaire, démence et vieilles légendes, Alex Bell a tissé une toile riche de plein d’éléments. Si on ajoute à cela le handicap d’Emma, la maltraitance que subissent Jem et Shell ajouté à la prétendue folie de Shell qui voit des choses étranges depuis toujours, on en fait de plus un récit résolument contemporain qui ancre les problématiques dans le réel.

C’est un roman qui se lit très bien, grâce à sa petite taille et aussi à la fluidité de l’histoire. La plume est sans fioriture et va droit au but, et c’est précisément ce qui m’a manqué ici. J’aurais apprécié un peu plus d’émotions afin de ressentir moi-aussi la terreur que vivent ces jeunes gens déboussolés, par leur situation précaire, leur deuil, leurs difficultés, et qui doivent affronter l’indicible.

J’aurais également aimé que les évènements aillent plus en profondeur, que l’autrice aille plus loin dans son propos. Au final, ça fait un peu peur, parce qu’on y parle de choses dérangeantes et que c’est parfois gore, mais ça m’a semblé assez policé en fait. On aurait pu approfondir les choses, nous faire sursauter, nous faire regarder les portes fermées avec appréhension et les tableaux d’un œil soupçonneux. Il aurait peut-être fallu rajouter quelques pages, mais cela n’aurait pas nuit au récit, bien au contraire.

Je regrette aussi les coquilles qui restent dans le texte et qui alourdissent la lecture.

En résumé, j’ai globalement bien aimé mais je n’ai pas eu plus peur que cela. Je lirai tout de même les prochaines parutions de l’autrice, car j’aime les risques qu’elle prend, mais son chef d’œuvre reste pour moi Emmurées et ses poupées diaboliques. Rien que d’y repenser, j’en ai la chair de poule…

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Le gros défaut de ce roman est aussi sa principale qualité : il a été écrit pour le public YA.

Le fait de mettre en avant des adolescents dans ce contexte est à la fois innovant et réducteur. On imagine bien la détresse de ces jeunes qui pour fuir un adulte violent se retrouvent confrontés à encore pire, tout cela parce qu’ils descendent de celui contre qui la vengeance de la sorcière est dirigée.

En même temps, au vu de la puissance de la sorcière fantôme, je me suis demandé comment la jeune Shell, novice dans sa maîtrise de la magie, pouvait réussir à contrer une colère de plusieurs siècles… Parfois, la volonté ne suffit pas…

Malgré tout, je trouve ça très bien d’écrire des romans horrifiques pour les adolescents, mettant en scène des adolescents, ce qui rend certainement l’identification plus facile. D’autant que les thèmes abordés ici en plus du fantastique sont ultra-contemporains. On y parle des violences envers les enfants, du courage de Jem qui prend en charge la protection de sa petite sœur, s’affamant pour qu’elle ait quelque chose dans le ventre. De leur traumatisme face au suicide de leur mère (dont on ne saura jamais si elle s’est tuée parce qu’elle ne supportait plus la violence de son mari ou à cause de son statut de sorcière). On aborde aussi le handicap, la façon dont la société traite les personnes en fauteuil roulant, les chiens d’assistance, et c’est super de parler de tout cela aux jeunes. De montrer les difficultés rencontrées, d’appeler à la tolérance.

C’est donc un roman que je conseillerai aux adolescents qui veulent débuter avec le genre horrifique (ceux qui se sont déjà plongés dans des livres plus matures, comme ceux de Stephen King, risquent de rester sur leur faim), mais moins à des adultes qui pourraient lui reprocher de ne pas aller assez loin.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Pousseras-tu la porte du Waterwitch?

Dis-le moi en commentaire.