izanaIzana, la Voleuse de visage de Daruma Matsuura

Editions : Lumen

312 pages

Paru le 18 Mai 2017

Aperçu : Dans le monde d'Izana, il y a le dedans et le dehors. Le dehors, c'est tout ce qui s'étend au-delà des murs de la maison : le soleil, les arbres, les autres... tout ce qu'elle n'a jamais vu autrement que dans ses livres ou à travers les carreaux. Car depuis sa naissance, elle vit recluse, bien à l'abri entre quatre murs. Un jour, poussée par la curiosité, la jeune fille décide de braver l'interdit et de s'aventurer à l'extérieur. Bien mal lui en prend – elle comprend que son visage est si effroyable qu'il ne peut être montré au grand jour.

Car si d'ordinaire, la laideur n'est pas un crime, il règne dans le village une terrible superstition. Autrefois se seraient affrontées une sorcière d'une grande laideur et une prêtresse d'une grande beauté : la première, victorieuse, aurait volé son apparence à la seconde. Depuis lors, toute petite fille laide née une certaine année est tuée sur-le-champ, sous peine de porter malheur aux habitants. Cette légende est même le thème d'une pièce de théâtre qui se joue chaque été. Izana y découvre pour la première fois, dans le rôle de la prêtresse, sa propre cousine. Née la même année qu'elle, Namino a été épargnée grâce à sa beauté extraordinaire...

Jusqu'où iriez-vous pour obtenir la beauté du diable, pour prendre le visage de votre choix ? À quel point l'apparence d'un être influence-t-elle son destin ? Dans une petite ville à l'atmosphère envoûtante, où des légendes séculaires restent terriblement vivaces, une adolescente marquée par le sort décide de briser les chaînes de son destin.

Mon commentaire général : dépaysant !

Ma note : 6/10

La citation qui résume tout : « La société avait occulté ma naissance et m’avait condamnée à vivre recluse dans la montagne. Et j’étais destinée à y mourir. » (p.200)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Voilà bien longtemps que j’avais envie de lire ce roman, à la couverture et au résumé si intrigants. Je n’ai donc pas hésité une seconde quand il est apparu sur les rayons de ma bibliothèque préférée.

Si tu aimes les mangas, tu as peut-être lu cette histoire (ou en tout cas, une histoire similaire) dans une série nommée Kasane, qui raconte en fait la vie de la fille d’Izana.

Mais ne nous perdons pas…

Izana est un roman assez singulier et totalement dépaysant. L’histoire se déroule au Japon, à une période pas identifiée mais vraisemblablement contemporaine, dans un petit village au pied d’une montagne, encore gouverné par ses traditions et croyances. Ainsi on croit que les petites filles laides nées l’année du cheval de feu sont la réincarnation d’une ogresse et donc qu’elles doivent être tuées dès le berceau… C’est pourquoi lorsqu’Izana nait, sa mère préfère se suicider et laisser le bébé aux soins de la sage-femme qui n’a pas d’autre choix que de cacher l’enfant dans sa maison pour garantir sa survie. Les années passant, il devient de plus en plus compliqué de cacher cette petite fille à l’esprit aussi vif que son visage est laid

Ce roman, bien que basé sur un concept fantastique qui n’apparait qu’à la toute fin, est davantage une critique plutôt réussie du poids des traditions et croyances, ainsi que du regard des autres. L’autrice tente de montrer le mal que font ces doctrines, souvent baignées de mensonge, en se mettant du point de vue de la victime. Izana doit non seulement supporter le jugement de son physique mais aussi une croyance séculaire…

C’est un roman qui se lit assez facilement, la plume et sa traduction étant très fluide, à l’atmosphère sombre et pesante. Pourtant, j’ai trouvé qu’il y avait un problème de rythme dans le récit, le dénouement tragique et porteur de toutes les émotions se jouant uniquement dans les dernières pages. J’aurais aussi préféré en savoir un peu plus sur les personnages, que j’ai l’impression de ne pas vraiment connaître en refermant ce livre et donc il a été compliqué pour moi de m’attacher à eux.

Si j’ai donc aimé ce voyage vraiment hors du commun, je suis un peu sur la réserve concernant l’histoire en elle-même, l’aspect fantastique vendu en quatrième de couverture n’étant clairement pas le sujet principal du roman. Je dirai même que cela nous en dévoile beaucoup trop, alors que c’est le chemin qui mène à ce dénouement qui est important ici.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Clairement, cette mention de « Voleuse de visage » est trompeuse. Je m’attendais à voir Izana voler des visages à tour de bras alors qu’elle ne le pratique que deux fois au cours du roman… Je dirai même qu’on ne devrait pas avoir connaissance de cette possibilité en commençant ce livre car ça nous indique dès le premier abord qu’Izana va trouver la poudre rouge et l’utiliser, ce qui n’intervient qu’à la toute fin

J’ai par contre apprécié la façon dont les recherches de Nagi démontent les légendes ancestrales et pointent du doigt les atrocités commises et la manière dont elles ont été justifiées. Il y a ici un vrai contraste avec les mensonges ou travestissement des croyances (les enfants tués parce qu’ils sont nés la mauvaise année ou à cause de la famine) et l’aspect fantastique (la magie permise par le rouge du Japon).

Izana nous raconte plutôt la vengeance d’une petite fille rejetée pour son apparence, celle qui combat les traditions barbares de son village, qu’il s’agisse du fait de tuer des nourrissons ou de violer des jeunes filles, et c’est ce qu’on devrait retenir, plutôt que le moyen de sa fuite, qui n’est finalement qu’un détail dans le récit.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Veux-tu découvrir les traditions de ce petit village japonais?

Dis-le moi en commentaire.