le labyrinthe vers la libertéLe labyrinthe vers la liberté de Delia Sherman

Editions : Hélium

271 pages

Paru le 26 mars 2014

Aperçu : Louisiane, 1960. Sophie, treize ans, se voit obligée de passer l'été à Oak Cottage. Dans ce monde conventionnel et archaïque qui la met mal à l'aise, sa grand-mère se montre nostalgique du temps où les Fairchild détenaient une plantation de canne à sucre et possédaient deux cents esclaves.

Au cours de ses jeux solitaires dans la propriété, Sophie rencontre au hasard des dédales d'un labyrinthe une créature fantastique, à laquelle elle soumet son vœu : vivre une aventure dans un autre temps, un autre lieu... La voilà qui se retrouve au même endroit cent ans plus tôt, quelques mois avant la guerre de Sécession ! L'aventure prend alors une tournure aussi effrayante que réelle. L'adolescente est désormais une esclave, au service de ses propres ancêtres... Et si elle ne pouvait plus jamais repartir de ce passé ? Comment supportera-t-elle une vie soudain devenue d'une dureté inimaginable ?

Mon commentaire général : Une aventure d’un autre temps, c’est bien ça !

Ma note : 7/10

La citation qui résume tout : « Elle avait demandé une aventure à la Créature, et les aventures, ça devait comporter plein de contretemps et d’épreuves, ou alors ce n’était pas des aventures. » (p.79)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Ce n’est pas une mais deux plongées dans l’Histoire que propose Delia Sherman avec ce roman : des années 60 à la Guerre de Sécession, il n’y a qu’un pas que va franchir la jeune Sophie pour une sorte de voyage initiatique très bien pensé.

En effet, le roman commence en 1960, en Louisiane, alors que Sophie, 13 ans, est laissée par sa mère dans la propriété de sa grand-mère, ancienne plantation de canne à sucre. Sophie n’a pas vraiment envie d’être là, sous l’œil sévère de sa grand-mère qui juge impitoyablement son manque de manières. Elle se met alors à explorer le domaine et rencontre une créature fantastique à qui elle fait part de son souhait de vivre une aventure pour tromper son ennui, vœu qui sera exaucé puisque la créature l’envoie cent ans auparavant. Sophie, prise pour une métisse à cause de sa peau bronzée, devient esclave de ses propres ancêtres et devra faire sa place dans la communauté noire pour survivre dans cet environnement d’une dureté inimaginable pour une jeune fille moderne

J’ai beaucoup aimé la plume de Delia Sherman mais ce que j’ai surtout apprécié, ce sont les détails historiques très convaincants, aussi bien ceux de 1960 que ceux de 1860. L’immersion est impressionnante et on ressent parfaitement la véracité historique des faits rapportés, dans les deux époques. J’ai aimé découvrir le fonctionnement d’une plantation de canne à sucre, le rôle de chacun, la hiérarchie qui existait sur ces domaines où tous les esclaves n’étaient pas sur un pied d’égalité. Ils sont bien loin les livres d’histoire impersonnels et poussiéreux !

J’ai également trouvé Sophie plutôt attachante, même si j’aurais davantage aimé ressentir ses émotions. Il doit être particulièrement effrayant de faire un voyage dans le temps aussi éprouvant quand on a treize ans… L’aventure de Sophie la pousse à grandir, à sortir de son carcan d’adolescente maladroite et décevante pour sa famille, à s’affirmer.

Le roman parle aussi d’émancipation, des esclaves et des femmes, que ce soit en 1860 ou en 1960, deux époques à l’aube de révolutions sociales importantes.

C’est un livre que je recommanderai particulièrement aux adolescents qui préfèrent vivre leurs leçons d’histoire plutôt que de les suivre en spectateur. Avec Le labyrinthe vers la liberté, bonne note garantie au prochain contrôle d’histoire !

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Le travail de recherche de Delia Sherman est vraiment à saluer : les deux époques sont criantes de vérité, leur retranscription au niveau des livres d’histoire, la plume de l’écrivaine en plus ! On sent vraiment l’historienne derrière la romancière (Delia Sherman est agrégée d’histoire).

En 1960, Delia Sherman n’avait que 9 ans. Elle s’est pourtant inspirée de certains de ses souvenirs d’enfance pour rendre son roman plus crédible. Ainsi le fameux timbre représentant les « femmes américaines » a vraiment existé.

D’ailleurs ce roman fait la part belle aux femmes, dans toutes les époques. Ce sont les femmes qui dirigent les choses. En 1960, il n’y a pas d’homme dans le paysage. Le père de Sophie est loin et sa mère doit se prendre en charge pour assurer son train de vie. Elle a de l’ambition et fait figure de proue pour la cause féministe. On remarquera aussi que c’est la nouvelle femme de son père qui prendra contact avec Sophie… En 1860, le docteur Charles n’a qu’un rôle secondaire, celui de s’occuper des malades, alors que c’est sa femme qui gère le fonctionnement de la plantation (et sa mère dans l’ombre). De même parmi les esclaves, les femmes occupent des positions de choix, Mammy et Afrique en tête.

Mettre en avant les femmes de l’Histoire, voilà une belle idée, surtout quand elle est aussi bien réalisée !

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Veux-tu voyager dans le temps ?

Dis-le moi en commentaire.

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