les seigneurs de bohen

Les seigneurs de Bohen de Estelle Faye

Editions : Critic

592 pages

Paru le 2 Mars 2017

Aperçu : Je vais vous raconter comment l'Empire est mort.

L'Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d'étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d'existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.

J'évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers... Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l'escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l'enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie... Et de tant d'autres encore, de ceux dont le monde n'attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.

Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.

Mon commentaire général : Un monde à part…

Ma note : 8/10

La citation qui résume tout : « Au travers de mes mots, je vais tenter de faire revivre ceux par qui tout est advenu. » (p.10)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

C’est encore une fois aux Imaginales que j’ai entendu parler de ce roman et j’ai immédiatement été intriguée par cette histoire de magie, de rébellion, d’aventure mais aussi d’espoir. Estelle Faye a un don avec les mots aussi bien à l’écrit qu’à l’oral : elle a su faire vivre devant mes yeux des images vivaces d’une jeune fille aux cheveux verts face à l’océan, d’une autre entraînée malgré elle dans une révolution qui la dépasse et bien d’autres encore. Bref, j’étais ferrée.

J’avais encore à l’esprit ces descriptions au moment d’ouvrir le roman et j’ai plongé à deux pieds dans l’univers tellement riche qui est dépeint ici. On comprend rapidement que tout a été imaginé dans ses moindres détails, et qu’il existe bien plus que ce qui nous est raconté dans ces presque 600 pages.

Je pensais être embarquée dans une grande histoire pleine d’aventures et de rebondissements, de batailles et de stratégie. Il n’en est rien. C’est presque un roman d’atmosphère : on suit une multitude de personnages dans leurs destins respectifs, chacun visant un but qui lui est propre et dont la finalité n’est pas forcément très claire, ni pour le personnage en question, ni pour le lecteur d’ailleurs.

C’est un roman avec lequel il faut prendre son temps : il m’aura fallu environ une semaine pour le lire car il faut savourer chaque ligne. D’autant plus au début, étant donné qu’il y a beaucoup de personnages, qui vivent dans des endroits de Bohen différents ou poursuivent des buts variés, et qu’il faut se poser pour bien comprendre qui est qui, qui fait quoi ou quelles sont les relations entre les uns et les autres. Certains de ces personnages n’occupent pas plus de quelques paragraphes, d’autres imprègnent le roman, ce qui peut perdre le lecteur à première vue.

Néanmoins, je me suis beaucoup attachée à certains d’entre eux, un en particulier qui m’a beaucoup touchée.

Il est rare qu’un roman de fantasy, plutôt dark fantasy d’ailleurs car la violence est nettement présente aussi bien dans les gestes que dans l’ambiance, soit aussi bien écrit et porte des messages comme la poursuite de ses rêves, l’accomplissement de soi, le courage ordinaire de ceux qui sont en bas de l’échelle et qui pourraient bien renverser un empire, pour peu qu’ils prennent conscience de leur volonté. On y parle aussi d’acceptation de la différence et là encore, c’est assez rare pour être souligné.

J’ai tourné la dernière page avec beaucoup de nostalgie, peinée de devoir quitter Bohen à un moment si critique. J’en aurais voulu plus, malgré le petit pavé que je venais d’engloutir. C’est dire si je recommande ce roman, et je crois bien que je viens d’ajouter les autres romans d’Estelle Faye à ma wish-list. Oups…

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Les seigneurs de Bohen, c’est un peu comme Game of Thrones : tu t’attaches aux personnages à tes risques et périls… Personne n’est à l’abri de son destin, parfois très cruel, et d’ailleurs aucun personnage n’est vraiment épargné. Chacun a vécu des moments très difficiles, qui l’ont forgé à accomplir la part qu’on attend de lui dans l’avenir de Bohen.

J’ai globalement apprécié tous les personnages, qui portent vraiment le roman sur leurs épaules, même si je dois avouer une entente polie avec Maëve, qui est d’un bout à l’autre extrêmement égoïste, et un gros coup de cœur pour Sorenz (et le couple qu’il forme avec Sainte-Etoile).

Le jeune homme/jeune femme m’a vraiment touchée, avec sa sensibilité, sa détermination à prouver sa valeur, ses erreurs aussi. C’est le premier qui lance véritablement l’idée que la révolution est possible en affrontant un seigneur avec un filet de pêche et un poignard, insinuant que n’importe qui peut s’attaquer au pouvoir en place. Et pourtant, c’est lui qui est l’héritier de ce royaume qu’il a tant à cœur de détruire pour prouver au monde que sa différence ne le définit pas, qu’il est bien plus que ça alors qu’il a été rejeté par son père à cause de ça. Pour pouvoir vivre au grand jour sa relation avec Sainte-Etoile, problématique terriblement contemporaine dans cet univers imaginaire.

Et au final, c’est ça qui fait que ça fonctionne : Estelle Faye a donné à ses personnages des caractéristiques très humaines, très actuelles, ce qui fait réfléchir au monde qui s’offre devant nous, à l’immobilité du pouvoir en place, à l’espoir qu’un monde meilleur est possible, pour peu que chacun veuille bien faire fi de ses différences et s’assembler sous une même bannière (avec une cochenille).

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Te plongeras-tu dans l’histoire de Bohen?

Dis-le moi en commentaire.