apostasieApostasie de Vincent Tassy

Editions : Hélios

345 pages

Paru le 15 Mars 2018

Aperçu : Anthelme croit en la magie des livres qu'il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s'offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d'arbres écarlates, qu'il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.

Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s'est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.

Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l'invite dans son donjon pour lui conter l'ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

 

 

 

Mon commentaire général : Il n’y a pas de mots pour qualifier ce roman…

Ma note : 7/10

La citation qui résume tout : « A cette histoire si belle, et si cruelle qu’on dirait une fable ; mais ce n’est pas une fable. » (p. 77)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Apostasie est un roman incroyable, indescriptible, comme un voyage dans un monde à part, un rêve à la limite du cauchemar et de l’horreur. C’est à la fois beau et contemplatif, sanglant et cruel, complètement déstabilisant. Si tu croyais tout maîtriser sur les mythes vampiriques, ce roman risque de remettre en cause toutes tes idées préconçues.

Apostasie n’est pas un roman qui se raconte, c’est un roman qui se vit. Attention, ne te laisse pas abuser par sa relative petite taille. Il est impossible de parcourir ce livre à toute allure. Moi qui suis une bonne lectrice, j’ai mis trois jours pour m’enivrer de ces trois cents pages si denses qu’il faut prendre le temps d’apprécier chaque ligne. Vincent Tassy manie la langue française comme peu d’auteurs et écrit dans un français soutenu qui n’est parfois pas facile à lire ni à appréhender. De plus, le récit est totalement non-linéaire et il est facile de se perdre dans les méandres de cette Sylve Rouge et des mystères qu’elle renferme.

Le livre peut se diviser en trois parties, dont la première est assez contemplative et contient beaucoup de longueurs. Il faut vraiment s’accrocher, le temps de s’habituer au style et d’arriver jusqu’à la deuxième partie, qui est fascinante. C’est là que tu feras la connaissance d’Apostasie, la princesse qui donne son nom au roman, même si elle n’en est pas la principale protagoniste. Mais tu comprendras tout ça en lisant ce livre.

Au final, je ne sais pas si j’ai aimé ou pas ce roman mais je m’en souviendrai longtemps, comme un rêve étrange dont on ne sait pas si on est content d’en avoir réchappé ou si on voudrait s’y plonger encore.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

La première chose que j’ai faite en refermant ce roman a été de poser le livre, fermer les yeux et de réfléchir à ce que je venais de lire.

Où finissait la « réalité » ? Où commençait-elle d’ailleurs ?

Je ne suis pas sûre d’avoir compris ce qu’il fallait comprendre et je pense que c’est le but de ce livre : chacun va se faire sa propre interprétation. Comme dans un rêve justement. Et c’est bien l’impression que me laisse ce roman : celle, un peu vaporeuse, d’une illusion dont on ne maîtrise pas bien tous les tenants et aboutissants.

Les Vermines existent-elles ? Est-ce vraiment l’Ovange qui les a faites apparaître ? On peut aussi se demander si la Sylve Rouge existe réellement ? N’est-elle pas le produit de l’imagination très fertile d’Anthelme ?

En même temps, si la forêt a disparu avec la mort d’Aphelion, les Vermines existaient encore après elle alors que l’Ovange aurait dû disparaître elle-aussi…

Bref, je suis un peu perdue

Je suis passée par toutes sortes d’émotions en lisant ce roman. Tout d’abord, j’ai été décontenancée par la première partie, très lente, sans but apparent, jusqu’à la rencontre avec Aphelion où j’ai ressenti un certain malaise devant les tortures infligées à ses victimes. Puis j’ai été complètement happée par la deuxième partie. L’histoire d’Apostasie, qui est avant tout celle de Lavinia et d’Ambrosius, est originale et fascinante. On sait que tout cela va mal finir et pourtant on ne peut s’empêcher d’espérer que les choses vont s’arranger pour tous les protagonistes. Ensuite j’ai été estomaquée à la révélation que tout cela n’était qu’une histoire inventée par Aphelion pour soumettre Anthelme à l’attrait de l’Ellébore. Pourtant l’histoire prend quand même vie et j’ai pu enfin rencontrer ces Vermines et partager leur mélancolie et leur douleur. Cette partie est très dure à lire, tant par sa violence que par les émotions qu’elle dégage. Enfin, ils retrouvent tous Apostasie et j’ai encore été surprise par la décision d’Anthelme de ne pas réveiller la princesse, même si a posteriori ça se comprend. C’est juste que l’auteur nous conditionne depuis plusieurs centaines de pages et qu’on s’attend à ce que forcément Anthelme réveille Apostasie, alors que finalement, il a raison, il vaut mieux la laisser reposer en paix. La toute fin, avec la mort très triste d’Anthelme, m’a laissée plutôt mélancolique.

Sans renouveler les histoires de vampires, Apostasie nous en propose une interprétation différente, beaucoup plus violente et dure, pour nous rappeler que la littérature a beaucoup idéalisé ces créatures qui vivent de notre sang. Vincent Tassy raconte sans détour sa propre vision de ces figures fantastiques mythiques, dans une vision gothique et sans fard de la mort.

En tout cas, je crois que j’ai été marquée par ce livre et qu’il hantera longtemps ma mémoire comme point de comparaison avec tous les autres romans vampiriques et oniriques.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Franchiras-tu le seuil de la Sylve Rouge ?

Dis-le moi en commentaire.