la servante écarlateLa servante écarlate de Margaret Atwood

Editions : Robert Laffont

511 pages

Paru en 1985 (première version originale), 2017 pour l’édition lue

Aperçu : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

 

 

Mon commentaire général : Fascinant mais glaçant…

Ma note : 8/10

La citation qui résume tout : « Mon rôle est de fournir ce qui manque par ailleurs. […] C’est une position absurde et ignominieuse à la fois. » (p. 273 )

Mon avis (garanti sans spoiler) :

C’est parce qu’on parle largement de ce roman, grâce à la série éponyme, que je m’y suis moi aussi intéressée. Tout a déjà été dit sur La servante écarlate, paru pour la première fois il y a vingt ans, mais je souhaitais me faire ma propre opinion sur ce classique SF.

Ma première impression en fermant ce livre a été d’être complètement effarée par ce récit, pour la simple raison qu’en tant que femme, cela fait vraiment froid dans le dos. Margaret Atwood explique dans sa post-face avoir uniquement mis en scène des concepts qui avaient déjà été appliqués par ailleurs, et pourtant vingt ans plus tard, tout ceci semble encore horriblement plausible

La servante écarlate est l’histoire de Defred, une jeune femme d’apparence indéterminée, dans un futur indéterminé, vivant à Gilead, qui fut autrefois les Etats-Unis. Après un coup d’état, des extrémistes religieux ont pris le pouvoir et réorganisé la société dans laquelle les femmes n’ont plus aucun droit, si ce n’est celui de faire ce qu’on leur dira. Defred est ainsi placée dans la maison d’un Commandant de ce nouveau système pour y être Servante, c’est-à-dire mère porteuse.

Le récit est raconté uniquement du point de vue de Defred, qui nous relate son quotidien, ses souffrances et aussi ses pensées un peu décousues. J’ai lu par ailleurs que ce point avait incommodé certains lecteurs mais cela ne m’a personnellement pas dérangé car j’ai pris ces digressions pour le passe-temps d'une jeune femme qui ne peut que ressasser le passé pour combler ses longs moments d’ennui.

Tout peut également sembler extrêmement mécanique. Ne t’attends pas à de grande manifestions d’émotions, l’empathie n’étant provoquée que par les traitements infligés à l’héroïne qui n’est pas très attachante. Cela s’explique aussi par le fait que Gilead a interdit toute émotion.

S’il faut lire ce roman, et j’insiste sur le fait qu’il faut vraiment le lire, c’est pour son contexte, glaçant de réalisme, et pour ne pas oublier que les droits des femmes ne sont pas immuables.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Avant d’ouvrir ce livre (je précise que je n’ai pas vu la série), je savais déjà, pour avoir lu les avis de plusieurs blogueuses sur le sujet, que je ne devais pas m’attendre à un rythme trépidant. C’est pourquoi la lenteur du récit ne m’a pas surprise et par conséquent, ne m’a pas gênée. Au contraire, j’ai trouvé que cela ne rendait le quotidien de Defred que plus tangible. Rappelons que la jeune femme n’a le droit de rien faire, ni lire, ni se distraire, sauf aller faire les courses en compagnie d’autres Servantes, interaction qui n’a rien de vraiment social tant leurs échanges sont codifiés.

De façon globale, Gilead est complètement dépourvu d’échanges sociaux. Tout est mécanique, aseptisé, sauf l’amour de Dieu qui est une mascarade totale, une autre façon d’obtenir du pouvoir.

Ce qui m’a davantage incommodée, c’est qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui se passe en dehors de la demeure du Commandant. Cela s’explique par le fait que nous n’avons que le point de vue extrêmement limité de Defred mais j’aurais quand même aimé en savoir plus sur le contexte international.

En cela, la conclusion donne tout de même un faible éclairage, même si elle ne nous dit pas ce qu’il est advenu de Defred ou de la société Gileadienne (si ce n’est qu’elle a disparu), et parvient même à nous faire douter un peu de ce qu’on vient de lire jusque-là. J’ai beaucoup aimé cette analyse historique tardive qui replace les évènements dans un autre contexte et donne un peu d’espoir au lecteur qui n’en avait pas beaucoup jusque-là !

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Passeras-tu le seuil de la maison du Commandant ?

Dis-le moi en commentaire.