lotto girlLotto Girl de Georgia Blain

Editions : Casterman

 329 pages

Paru le 13 Septembre 2017

Aperçu : "Ils se servent de nous. Parfois pour combler une lacune, parfois pour tester un nouveau profil. Ils se servent de nous pour les réglages, pour affiner un modèle. Nous ne sommes que des prototypes de travail. Ils encouragent nos parents, ou les soudoient. Le miens se sont entendus dire que je serais belle s’ils choisissaient l’option préconisée par BioPerfect.

Je l’ai dévisagée. Je n’avais jamais pensé qu’on puisse être autre chose qu’une Lotto girl. C’est-à-dire une fille particulièrement douée, au patrimoine génétique exceptionnel. Une fille unique en son genre… "

 

 

 

Mon commentaire général : Ce roman aurait mérité un peu d’améliorations made in BioPerfect…

Ma note : 6/10

La citation qui résume tout : « Tu crois vraiment que le livre arbitre a quelque chose à voir avec ce qui se passe ?»

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Lorsque j’ai eu la possibilité de lire Lotto Girl, je n’ai pas hésité une seconde : la quatrième de couverture promet une dystopie plutôt sombre, sur fond de manipulation génétique. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre.

Le roman propose donc de rencontrer Fern et ses amies, quatre Lotto Girl (comprenez des bébés pour lesquels leurs parents ont gagné les très onéreuses manipulations génétiques dont elles ont fait l’objet) dans une école spécialisée et très luxueuse, afin d’apprendre à utiliser les dons qui leur ont été génétiquement attribués. Mais que se passerait-il si leurs aptitudes ne se développaient pas ?

Le récit, séparé en un avant et un après (après quoi ? ça on ne le sait pas au départ), est assez mystérieux et je dois bien avouer que l’univers m’a paru un peu flou à la lecture des premières pages… et ça ne s’est pas totalement arrangé au fur et à mesure de ma lecture.

Si l’idée de base est intéressante et originale, toute la société imaginée par l’auteure n’est pas suffisamment décrite à mon goût, ce qui fait que je n’ai pas vraiment réussi à entrer dans l’histoire.

Et les personnages ne m’y ont pas beaucoup aidée non plus, Fern en tête : trop naïve, pas assez battante, elle est à l’opposé des héroïnes des dystopies YA qui se battent pour changer les choses. Au contraire, Fern m’a parue plutôt passive devant les évènements, se laissant entrainer par d’autres sans essayer de comprendre le fond des choses, ce qui fait que pour le lecteur, les réponses arrivent assez tard et pas franchement à l’initiative de Fern.

Pour moi, le gros défaut de ce roman reste quand même le manque de développement de l’univers dystopique. Le décès de l'auteure fait que le livre restera un one shot, et je ne sais pas si c'était voulu ou si ce devait être le début d'une série. Il faut en tout cas savoir que la fin, très ouverte, n’apporte pas de conclusion aux évènements racontés dans le roman. Il reste encore de nombreuses questions en suspens, de nombreux destins en jeu et ça me semble étrange de s’arrêter là…

Au final, c’est donc une lecture en demi-teinte, porteuse d’une dystopie originale mais mal exploitée.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Le gros point fort de ce roman est le concept des sociétés qui dirigent le monde (et c’est pratiquement déjà le cas aujourd’hui quand on réfléchit au rôle des lobbys qui peuvent faire infléchir une décision politique) mais pas assez développé : comment cette transition s’est-elle passée ? Comment cela marche-t-il en pratique ? Une personne peut-elle n’appartenir à aucune société ? Comment fonctionne l’organisation mondiale ? Autant de questions auxquelles je n’ai pas trouvé de réponses dans le récit afin de bien appréhender ce concept original.

Je me suis également posé beaucoup de questions sur la procréation et la manipulation génétique. J’ai eu l’impression que dans le monde imaginé par l’auteure, il n’était pas possible de procréer naturellement mais là encore, je n’en suis pas sûre. Seuls les riches peuvent acheter de meilleurs gènes pour leurs enfants et les pauvres, s’ils ne gagnent pas la loterie, n’ont pas la possibilité d’accéder aux manipulations génétiques qui assureront à leurs enfants un meilleur avenir. J’ai bien  compris que la loterie n’a aucune ambition de charité mais est surtout l’occasion de tester in vitro des combinaisons de gènes qui pourront ensuite être vendues au plus offrant si elles sont couronnées de succès.

L’idée de l’expérimentation qui concerne les quatre Lotto Girls que nous suivons est intéressante et tente de répondre à cette question : des gènes ou de l’éducation, qu’est-ce qui forge la personnalité/les aptitudes d’une personne ? Mais là encore, l’expérience ne s’avère pas vraiment concluante car si des faits nous sont proposés (Fern a plutôt réussi, mais ce n’est pas le cas des autres Lotto Girl), aucune interprétation ne nous est proposée.

Le découpage temporel est pour moi une bonne idée car il permet de maintenir de la tension et du mystère dans le récit, ce qui ne serait peut-être pas le cas avec une narration temporelle usuelle. En effet, on se demande comment Fern est arrivée dans ce camp, obligée de trier des déchets, alors que le passé nous la montre dans une école privilégiée. Malheureusement, l’explication qu’on attend tant n’est pas aussi percutante que je l’avais espéré.

D’autant plus que la fin très ouverte appelle clairement une suite. Aucune situation n’est réglée, le destin des personnages est très incertain, ce qui ne laisse même pas au lecteur la possibilité d’imaginer le reste par lui-même, tant il manque d’informations sur le fonctionnement de cette société.

Une bonne idée donc, mais peut mieux faire.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Veux-tu rencontrer les Lotto Girls ?

Dis-le moi en commentaire.