boys out!Boys Out ! de Rawia Arroum

Editions : Hachette collection Black Moon

320 pages

Paru le 8 octobre 2014

Aperçu : Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Lyra s’entraîne dur pour être capable d’affronter et de maîtriser les mâles qui rôdent encore. Jusqu’au jour où elle doit rencontrer un homme pour procréer à son tour…

 

 

 

 

 

 

Mon commentaire général : mouais, mouais, mouais…

Ma note : 7/10

La citation qui résume tout : « Nous sommes à l’aube de notre jeunesse mais […] pourtant, le soleil ne se lèvera pas pour nous. »

Mon avis (garanti sans spoiler) :

La critique de Boys Out ! est difficile à écrire, tant ce roman a éveillé des sentiments contradictoires en moi.

Penchons-nous d’abord sur les points positifs.

Ce livre est complètement addictif : je l’ai lu en moins de 24 heures ! Les pages se tournent toutes seules et les chapitres courts font qu’il est très facile de les enchainer.  Un chapitre plus un chapitre plus un autre et on arrive à la fin sans avoir vu défiler les trois cent et quelques pages…

L’autre bon point, c’est l’idée de départ. Au lieu de placer ses personnages dans un monde post-apocalyptique comme on le voit souvent, Rawia Arroum les fait évoluer dans une société matriarcale où les femmes dominent et les hommes considérés comme des « déchets » ne sont là que pour la reproduction et sont assassinés après coup. Si le concept n’est pas nouveau (je pense notamment à La reine des damnés d’Anne Rice), son utilisation dans la littérature young adult l’est et ça change des lectures habituelles.

Les personnages, Lyra et Loan en tête, sont attachants. Ils présentent de plus une évolution intéressante.

Ce qui a freiné mon enthousiasme, c’est tout d’abord le style, assez simple, avec des constructions de phrase parfois étranges et des digressions, qui loin d’apporter un complément d’information nécessaire, coupent parfois le rythme du récit.

Il y a aussi le problème des clichés, assez nombreux, qui donnent une image du féminisme pas très glorieuse, et même si le message derrière est intéressant (la société a besoin de chacun avec ses différences pour exister de manière fonctionnelle, à condition que chacun se respecte), il est un peu noyé dans la masse.

Enfin, cette histoire aurait largement mérité d’être traitée en plusieurs volumes. Le contexte est ainsi survolé, les explications sont rares et peu détaillées, il y a pas mal d’incohérences et surtout, la fin est vraiment expédiée. Dans les dernières pages, des révélations importantes s’enchainent, sans nous laisser le temps de les assimiler, et la conclusion, abrupte et rapide, laisse bouche bée, avec un sentiment de frustration assez fort. Si tu n’aimes pas les fins ouvertes, fuis ce livre ! D’où la question : une suite est-elle prévue ?

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

J’aimerais tout d’abord partager avec un toi le sentiment que j’ai éprouvé en commençant ce livre : cette société gouvernée par les femmes, dans laquelle les hommes ne sont considérés que comme des objets, génère un sentiment de malaise assez important. Finalement, les femmes ne valent pas mieux que les hommes ? C’est une réflexion qui mérite d’être lancée…

Ensuite nous plongeons dans la vie de Lyra, sa rencontre avec son destiné, et tout s’enchaine. Pourtant, même si j’ai été plus que transportée par ce récit, je n’ai pu m’empêcher de remarquer certains détails, qui après réflexion, n’en sont pas tant que ça.

Cette société exclusivement féminine s’est mise en place (d’ailleurs la révolte des femmes ne m’a pas paru très bien expliquée ni très crédible…) pour soi-disant contrer la violence des hommes. Mais quand on y réfléchit, on y prône une culture du viol plutôt prononcée, ce qui m’a dérangé. En effet, la procréation n’est voulue par aucun des partenaires : l’homme n’est qu’un esclave, enchainé et affamé, et la jeune fille qui a à peine dix-huit ans est impressionnable et forcée de s’y conformer, sous peine d’être emprisonnée… Je crois que le pire a été atteint pour moi lorsque Lyra demande à être endormie et qu’on se rend compte que Loan l’a mise enceinte dans son sommeil… Même s’il ne veut pas être un violeur, se servir d’une jeune fille endormie, ça y ressemble fortement…

De même, il y a d’autres incohérences. La procréation « à l’ancienne » est utilisée car on ne veut pas se servir d’inventions faites par les hommes, comme l’insémination artificielle, qui serait pourtant beaucoup moins traumatisante pour tout le monde. Mais qu’en est-il du téléphone, de l’électricité, des armes et j’en passe ? ça n’empêche pourtant aucune femme de s’en servir !

Je comprends bien que cette procréation forcée est un prétexte pour forcer Lyra et Loan à se rencontrer mais il y avait pourtant d’autres moyens, sachant que c’est Lyra qui a attrapé Loan (et d’ailleurs on ne sait pas ce qu’il faisait là…), ça aurait pu faire un point de départ plus intéressant. Bref.

Certains clichés ont aussi la vie dure. Le rose, les robes obligatoires, les cheveux longs et les talons aiguilles. On peut être une femme, même si on a les cheveux courts et qu’on porte des baskets ou un pantalon ! Je crois que le ridicule a été atteint avec cette armée de femmes en talons aiguilles qui se visaient avec des sèche-cheveux roses transformés en armes…

Enfin, j’aimerais revenir sur cette fin, qui appelle forcément une suite. Tout d’abord, le sort de Lyra est incertain. Mais surtout, on ne sait pas comment se résout la guerre. La rébellion atteindra-t-elle le monde entier ? Le principe d’une dystopie, c’est certes de montrer un monde différent du nôtre, pour mieux souligner en quoi le nôtre ne fonctionne pas, en poussant à l’extrême une de ses composantes, mais aussi de montrer comment on peut résoudre les choses pour rétablir une situation plus satisfaisante. Ici nous n’avons rien de ça.

Si l’idée de base était bonne, le traitement m’a paru un peu léger et mériterait vraiment d’être développé dans un second tome.

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Penses-tu que les femmes peuvent gouverner le monde?

Dis-le moi en commentaire.