IRLI.R.L. d’Agnès Marot

Editions: Gulf Stream Collection Electrogène

442 pages

Paru le 7 avril 2016

Aperçu : Chloé Blanche a grandi à Life City. Comme tous ses habitants, elle ignore qu'ils sont filmés en permanence. Elle ignore qu'ils sont un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. Elle ignore qu'ils sont les personnages de Play Your Life, l'émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. Elle ignore surtout à quel point ils sont manipulés. Lorsqu'elle rencontre Hilmi, le nouveau à la peau caramel, elle tombe immédiatement amoureuse. Mais ceux qui tirent les ficelles ne le lui destinent pas. C'est ainsi qu'elle découvre la nature de tous ceux qui vivent à Life City : les personnages d'un immense jeu vidéo.

 

 

 

 

Mon commentaire général : un roman dont l’attrait n’a rien de virtuel !

Ma note : 9/10

La citation qui résume tout : «Tout le monde devrait avoir le droit de choisir.»

Mon avis (garanti sans spoiler) :

Avant de parler du contenu, il me semble important de mentionner l’objet-livre qui est absolument magnifique avec sa couleur rose framboise et ses inscriptions en relief ! Une merveille dans ma bibliothèque.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.

I.R.L. est un roman juste et très à propos. L’histoire a beau se dérouler dans le futur, on ne peut s’empêcher d’y voir une critique très pertinente de la société actuelle.

Imagine un peu un futur dans lequel un jeu de simulation de vie est devenu le summum du divertissement, si bien que les téléspectateurs des chaines liées aux différents personnages sont aussi nombreux que les joueurs. Imagine maintenant que les personnages du jeu soient capables d’émotions. Et que l’une d’entre eux se rende compte que sa réalité n’est qu’une gigantesque farce…

A la limite entre le Truman Show et 1984, I.R.L. amène le lecteur à s’interroger sur les limites de cette société de voyeurisme où les humains ne sont plus capables d’humanité, tellement ils sont rivés à leurs écrans.

Outre le message sous-jacent, le roman est porté par une jolie plume, au style simple et direct, et des personnages attachants. J’ai même pris faits et causes pour une IA, envers les méchants humains, c’est dire si l’auteure a su me les rendre sympathique !

Il faut tout de même savoir que le récit n’est pas écrit de façon chronologique, mais plutôt en alternance entre le « présent » (en 2089 tout de même) et un passé qui se déroule quelques mois plus tôt, et que cette construction peut décontenancer au début de l’histoire. Puis on se laisse embarquer par l’histoire de Chloé, on veut en savoir plus et on tourne les pages sans s’en rendre compte

Je découvre Agnès Marot avec ce roman et vu comme j’ai bien accroché, je compte ajouter à ma PAL sans tarder De l’autre côté du mur, roman dont on m’a dit beaucoup de bien.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

La première force de ce roman, c’est son contexte. Au vu de la direction que prend notre société, il n’est absolument pas exclu qu’en 2088, le récit ne reflète pas la stricte vérité. Une société basée sur la surveillance, l’ultra-connexion, l’ultra-sociabilisation, l’exclusion de la communauté lorsque ces moyens ne sont pas accessibles. On y croit et c’est pour ça qu’il est très facile de s’immerger dans l’histoire.

Le second bon point c’est Chloé. C’est une jeune fille ordinaire, ni extrêmement brillante, ni super belle, dont les rêves sont proches de ceux des adolescentes qui liront le livre. L’identification est donc très simple (enfin moi je ne suis plus lycéenne, je l’ai plutôt vue comme une petite sœur). Aurait-elle douté de son monde sans l’intervention de Link ? Peut-être. Car elle avait déjà une conscience assez développée des choix restreints (voire les non-choix) qu’on lui proposait. C’est un personnage qui parait juste, dans le sens sincère. J’ai aimé ses réactions, toutes compréhensibles et justifiées. J’ai aimé ses partis-pris, ses doutes, ses peurs, ses bonheurs. Et dire que Chloé est une IA, c’est ça qui est incroyable ! Elle parait beaucoup plus « humaine » qu’Arn (trop machiavélique, j’aurais préféré un personnage un peu plus contrasté), pourtant humain au sens littéral du terme.

Chloé est une héroïne de livre comme il y en a rarement : une héroïne sensible, combattante, qui n’a pas de superpouvoir autre que son envie de liberté, qui la porte tout le long du récit.

A part Chloé, j’ai bien aimé Hilmi, à la fois timide et charmeur, et Whisper, son double qui n’en est pas vraiment un. J’ai reconnu une autre Cindy dans la Cindy du récit (surtout dans son « rire franc et sonore »).

Et finalement, malgré tous ses coups bas et trahisons, Link n’est pas si méchant qu’on le croit. C’est un jeune homme perdu, condamné à faire des erreurs pour attirer l’attention de son père, qui le l’aimera jamais comme il le voudrait. Alors si je ne l’ai pas vraiment aimé, je ne l’ai pas détesté non plus. Je l’ai plutôt pris en pitié. Et j’apprécie de tomber sur un personnage complexe, qui fait des erreurs, qui n’est pas parfait. Ça ne rend le roman que d’autant plus réaliste.

Pour moi, I.R.L est donc une jolie pépite, un livre à mettre entre les mains de tous les adolescents ultra-connectés. Par contre, à éviter pour les paranoïaques ou les adeptes de la théorie du complot. Sinon tu ne regarderas plus jamais une caméra du même œil…

 

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ?  Te confronteras-tu à la frontière réalité/virtualité?

Dis-le moi en commentaire.