even dead things feel your love

Even dead things feel your love de Mathieu Guibé

Editions : Le Chat Noir

268 pages

Paru en mars 2013

Aperçu : Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel. L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

Mon commentaire général : une très belle découverte !

Ma note : 8.5/10

La citation qui résume tout : «Le monde n’est ni beau ni laid, tout comme la vie ou la mort. C’est à vous d’y chercher et trouver ce qu’il y a à aimer.»

Mon avis (garanti sans spoiler) :

C’est la couverture qui m’a immédiatement attirée vers ce roman. Elle est d’un romantisme et d’un gothique incroyables, d’une beauté magnifique. Premier très bon point !

Heureusement, je n’ai pas été déçue en ouvrant ce livre, bien au contraire.

Even dead things feel your love revient au mythe originel du vampire, mêlant habilement romantisme et horreur, avec une très belle plume. Les enfants de la nuit y sont dépeints tels qu’on l’imagine : des êtres froids et violents, pour qui les humains ne sont que de la chair fraîche ou des poches de sang, traversant les siècles avec mélancolie et morosité. Sauf s’ils laissent parler leurs sentiments...

Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler l’intrigue mais il faut savoir que ce court roman cache dans ses pages une histoire d’amour d’une grande originalité et d’une profondeur infinie, celle de deux amants maudits que le destin s’efforce de séparer.

Je croyais lire une banale histoire de vampire mais c’est un voyage qui m’attendait. De la campagne anglaise du XIXème siècle au Londres contemporain, j’ai suivi Lord Josiah Scarcewillow dans sa solitude, son désespoir et sa soif de sang. Il y a des scènes très dures, mais il y a aussi de l’amour, des émotions intenses, une intensité dramatique qui rendent la violence supportable.

Non seulement j’ai passé un excellent moment de lecture, malgré quelques petites imperfections qui n’entachent en rien la qualité du récit, mais j’ai aussi découvert un jeune auteur français talentueux dont je vais suivre avec attention les prochaines parutions. Si tu aimes les histoires de vampires, le fantastique et que tu rêves de l’amour éternel, ce roman est fait pour toi, fonce !

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Josiah est un personnage à première vue détestable. Egoïste, imbu de sa personne, détaché de ses émotions, prompt à la violence et à la torture gratuite, il représente le vampire typique de l’imaginaire collectif. Je parle ici du vampire à la Bram Stoker, pas de ceux qui brillent au soleil.

Pourtant, ses sentiments ne sont pas si enfouis qu’il le croit. Il est peut-être mort mais ses émotions sont toujours là, prêtes à ressurgir s’il leur laisse la place. Et c’est Abigale qui réveille Josiah, grâce à son amour. Mais ce n’est pas la seule forme d’amour dont il est ici question. Rudolf symbolise l’amour paternel, la famille que Josiah n’a jamais eue. D’ailleurs, il ne parle de son père que comme un géniteur, alors qu’il aimait tellement Rudolf qu’il a souhaité le garder près de lui pour l’éternité.

La romance entre un vampire et un fantôme est très originale et j’avoue que je ne m’y attendais pas du tout ! J’avais supposé que Josiah tomberait sur une réincarnation de l’esprit d’Abigale dans une jeune femme, j’avais tout faux ! D’ailleurs, il était très intéressant que leur amour ne soit pas linéaire mais entrecoupé de disputes, de désillusions, d’abandon.

Il m’a tout de même manqué un peu de détails ou d’explications. Par exemple, on ne sait pas vraiment comment Josiah est devenu vampire. Ou comment Abigale a réintégré son corps. L’histoire se vit très bien sans ces informations mais ça m’aurait permis d’approfondir ma lecture.

Je suis tout de même déçue par la fin. Ces nuages de démons et d’anges m’ont paru un peu tiré par les cheveux (j’ai tout à fait le droit de parler d’évènements plausibles ou pas dans un roman fantastique !) et j’ai refermé le livre un peu déroutée. Je m’attendais à une conclusion plus romantique ou plus mélancolique, dans la ligne directrice du reste de l’histoire. Que Josiah se laisse mourir de faim ou contemple le coucher de soleil de Crimson Hill sans son amulette après la mort d’Abigale (la seconde).

Malgré tout, c’est un roman vampirique que je recommanderai chaudement à tous les amateurs du genre.

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Oseras-tu rencontrer Lord Josiah Scarcewillow ?

Dis-le moi en commentaire.

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