• il était fait pour moi

    • Il était fait pour moi  de Rebecca Serle

Editions : Hachette collection Bloom

373 pages

Paru le 24 avril 2013

Aperçu : Shakespeare n’a rien compris. Son chef d’œuvre le plus connu ? Complètement à côté de la plaque. Vous voyez bien de quoi je parle, Roméo et Juliette. Cette histoire ne parle pas seulement d’amour. C’est avant tout un drame. Qui a fait des morts. D’ailleurs, ça n’était pas censé se finir comme ça. Si vous lisez attentivement, vous vous apercevrez qu’il y avait déjà quelqu’un dans le tableau avant que Juliette n’arrive. Quelqu’un que Roméo aimait beaucoup. Elle s’appelait Rosaline. De l’avis général, Roméo et Juliette, aveuglés par leur passion, ont été les malheureuses victimes du destin. C’est faux. Juliette n’avait rien d’une douce et innocente jeune fille torturée par la fatalité. Elle savait exactement ce qu’elle faisait. Et Roméo ? Roméo avait déjà une âme sœur, moi. Il était fait pour moi. C’est avec moi qu’il aurait passé le reste de l’éternité si elle n’était pas venue me le prendre. Peut-être qu’alors la catastrophe aurait été évitée. Peut-être qu’ils seraient encore vivants. Et si la plus grande histoire d’amour jamais contée n’était pas la bonne ? 

Mon commentaire général : je ne verrai plus jamais Roméo&Juliette comme avant...

Ma note : 9/10

La citation qui résume tout : «Parfois, le plus difficile dans le fait de laisser partir quelqu’un est de réaliser qu’il ne t’était pas destiné. » (traduction personnelle)

Mon avis (garanti sans spoiler) :

En ouvrant ce roman, j’ai tout d’abord été très surprise. Au lieu de se dérouler au XVIe siècle, époque originelle de la pièce de Shakespeare, l’histoire des amants maudits a été transplantée à notre époque. Roméo et Juliette communiquent par SMS, vont au lycée et s’interrogent sur le choix de leur université...

Je m’attendais à être plongée dans l’histoire véritable, d’en découvrir l’envers du décor, et j’ai eu droit à une réécriture version Beverly Hills. Si j’ai été véritablement décontenancée, voire déçue, sur les deux ou trois premiers chapitres, j’ai ensuite été gagnée par l’authenticité des personnages.

Le personnage principal de cette histoire est Rosaline, celle que Roméo (devenu Rob ici) quitte pour Juliette, et c’est une jeune fille tout simplement touchante. Les autres personnages sont tous aussi attachants, même la peste Juliette (oui oui, Juliette est d’une méchanceté à faire peur...).

La plume est fluide et simple mais juste. J’ai ressenti beaucoup d’émotions pendant ma lecture, passant de l’agacement au rire, puis aux larmes. J’ai vécu l’intensité des sentiments de Rosaline et souffert avec elle. J’ai également trouvé que les préoccupations des lycéens américains étaient bien décrites, de la première fois à l’entrée à l’université, tout m’a semblé criant de vérité.

En résumé, c’est une jolie réécriture de l’histoire tragique de Roméo et Juliette, donnant enfin une voix à celle dont on ne connait que le nom, qui démontre avec brio que notre époque est tout aussi propice aux drames amoureux.

 

Et maintenant, passons à mes commentaires non censurés... Attention spoilers ! Si tu ne veux pas en savoir plus sur l'histoire, arrête-toi ici !

 

Mes commentaires non censurés :

Passé la surprise de constater que Rosaline est une adolescente d’aujourd’hui, j’ai été légèrement agacée par ses préoccupations et celles de ses amies qui peuvent paraitre terriblement superficielles au premier abord. Elles ne pensent qu’aux garçons, à leurs vêtements et à leur côte de popularité. Rosaline, plus en retrait, plus discrète, attend le grand amour en la personne de Rob, son meilleur ami et voisin et rêve de sa future entrée à l’université. Jusque-là, rien de bien original. C’est l’arrivée de Juliette qui met un bon coup de pied dans la fourmilière et qui fait évoluer les choses.

Rob, soi-disant amoureux de Rosaline, met à peu près un quart de seconde à tomber sous le charme de la vénéneuse Juliette, qui compense son mal-être par la vengeance, incitant le lecteur à détester les amoureux les plus célèbres de la littérature pour leur égoïsme et le mal qu’ils font autour d’eux et qu’ils se font à eux-mêmes. Abandonnée par celui qui accaparait toute son attention, Rosaline ouvre enfin les yeux vers l’extérieur et découvre Len, sensible et patient.

Au fur et à mesure du récit, on découvre aussi les failles des autres personnages notamment Charlie dont la formidable confiance cache une blessure qui ne guérira jamais.

Rebecca Serle a modernisé ce drame ultra-connu, le resituant à notre époque, et ça marche ! Si les noms des personnages avaient été modifiés, je n’aurais probablement pas fait le rapprochement avec la pièce de Shakespeare. La fin, dont l’intensité dramatique est tout aussi grande, a balayé le suicide amoureux de l’histoire originelle. Ce n’est ici qu’un banal accident qui fauche la vie de Rob et Juliette, les inscrivant pour toujours comme un couple maudit. Rosaline, de son côté, parvient finalement à aller de l’avant, se créant son propre happy end, montrant qu’on peut continuer à vivre malgré les chagrins d’amour, les trahisons et même la mort.

C’est une jolie conclusion pour l’oubliée de Roméo et Juliette, même si j’aurais toujours le regret de ne pas avoir vécu son histoire au XVIème siècle.

Et toi, Ami Lecteur, qu’en penses-tu ? Vas-tu faire la connaissance de la touchante Rosaline ?

Dis-le moi en commentaire.